GIEEF : Ensemble, la passion de la forêt
Pousse d'un châtaignier dans une forêt mixte
© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
C'est dans les Cévennes Ardéchoises, en novembre, qu'est né le premier groupement d'intérêt économique et environnemental forestier (GIEEF). Prévus par la Loi d'avenir pour dynamiser la gestion durable des forêts privées, les GIEEF vont notamment permettre une meilleure mobilisation du bois et ce au profit de l’ensemble de la filière. Reportage.

Ici, châtaigniers et pins maritimes s'étendent à perte de vue. «Vous voyez ces taches brunes et géométriques sur la montagne? Ce sont des coupes rases. C'est typiquement ce que nous essayons de limiter en essayant de regrouper les propriétaires forestiers en association syndicale», explique Christophe Barbe, ingénieur au CRPF. En Ardèche, les propriétés forestières sont souvent petites, morcelées avec une gestion inégale, voire pas de gestion du tout, par des propriétaires qui, le plus souvent, ne sont pas des professionnels du secteur. Le résultat ? Des coupes d'arbres massives qui dégradent le paysage de cette destination courue du tourisme vert, des arbres tordus qui entrent en concurrence et perdent en valeur patrimoniale, des branches qui poussent, tous azimuts, favorisant la propagation des incendies… Pour remédier à cette dégradation lente et continue de la forêt, les équipes du CRPF se sont lancé le défi de contacter l'ensemble des 40 000 propriétaires ardéchois… et peu à peu, le projet prend forme : des propriétaires prennent conscience du potentiel de la forêt et se dotent de documents de gestion durable sur leur massif : les plans simples de gestion (PSG).

 

 

Et quand le mouvement s'étend, c'est tout un territoire que les propriétaires forestiers se réapproprient. Dans le canton des Vans, 92 propriétaires se sont regroupés en ASLGF, en 2014. Ils réunissent aujourd'hui près de 1 355 hectares de forêt. Le futur GIEEF a déjà établi un document de diagnostic et un plan simple de gestion concerté qui regroupe une cinquantaine de propriétaires sur environ 750 hectares de bois et forêt. Ce PSG définit, pour les vingt prochaines années, les travaux à effectuer sur chacune des 2 000 parcelles concernées. Éclaircies, coupes raisonnées et régulières, créations de pistes – ⅓ de la forêt privée reste à desservir en Ardèche – puis vente du bois au meilleur prix sous certification PEFC, tout est mis en oeuvre pour valoriser le patrimoine des propriétaires. Les travaux s'effectuent sous le contrôle d'un gestionnaire indépendant nommé par l'ASLGF. Chacun s'y retrouve et pour cause, le PSG concerté initial de 750 hectares prévoit une valorisation de 3000 m3 de bois par an. « Avec les 500 hectares supplémentaires que nous prévoyions d'intégrer, ce sera bientôt beaucoup plus de valorisation de bois, de quoi intéresser la filière locale», ajoute Christian Barbe.

Pin noir de Salzman

L'ASLGF des Cévennes Ardéchoises a fait le choix de la biodiversité. Des arbres anciens sont conservés comme refuge pour chauve-souris et une attention particulière est accordée au maintien des sols. « Nous travaillons non seulement sur les arbres mais aussi sur ce que cela implique pour la faune et la flore » précise Frédérique Chazal, technicienne du CRPF. Frédérique accompagne le futur GIEEF et donne des formations sur la gestion durable de la forêt à la vingtaine de propriétaires volontaires. «Il est indispensable que les propriétaires forestiers aient toutes les cartes en main pour décider du futur de leur territoire ».

Ce sont les synergies locales qui permettent d'avancer sur les questions environnementales. L'ASLGF a confié l'établissement du PSG concerté à un ingénieur ayant une démarche Pro Silva : un travail est mené pour conserver un peuplement diversifié d'essences avec différentes classes d'âge d'arbres. « Nous travaillons aussi en lien avec les chargés de mission Natura 2000 pour replanter d'ici deux ans, des pins noirs de Salzman, une espèce qu'il devient nécessaire de préserver », explique Jean-Michel Préault, président de l'ASLGF des Cévennes ardéchoises. La forêt, ce retraité la connaît bien pour détenir, lui-même, quelques parcelles de châtaigniers et de pins. En novembre aura lieu le prochain conseil syndical qu'il se charge de réunir à la mairie. « Ensemble, une énergie et se dégage. On a l'impression que 1+1=3 et c'est extrêmement motivant » conclut-il.

 

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