Samedi 26 février 2011

Gestion durable des forêts tropicales

Marie-Pauline Beugin

26/02/2011

Présent à l’occasion de l’année internationale des forêts dans le hall 3 du salon de l’agriculture, le CIRAD, institut de la recherche agronomique pour le développement présente ses activités.

©Min.Agri.Fr

  • ENJEUX DE LA GESTION DURABLE DES FORETS TROPICALES

Le CIRAD est présent dans de nombreux pays d’Afrique Centrale, d’Amérique Latine et Asie du Sud Est pour apporter son expertise et aider à une gestion durable des ressources forestières à travers divers enjeux.

Exploiter la forêt tropicale sans affaiblir son peuplement. La forêt tropicale présente une densité très importante, cruciale pour la biodiversité qu’elle abrite. La récolte de bois ne doit donc pas altérer ce peuplement. Dans ce but, le CIRAD met en place des plans de gestion basés notamment sur une optimisation des rotations : tous les 60-80 ans, on change de parcelle pour récolter des arbres. Une surveillance par satellite est également mise en place pour évaluer l’impact des trouées sur l’écosystème global. Toutefois, les dommages causés au peuplement proviennent aussi du passage des engins de débardage. Le CIRAD a ainsi mis en place des logiciels permettant d’optimiser l’utilisation des pistes. Ceux-ci, conçus à partir de la topographie des lieux, sont ensuite mis à disposition des acteurs locaux.

©Min.Agri.Fr


Permettre la régénération des zones d’abattage.
Lors de la récolte d’un arbre, on crée une trouée dans la forêt tropicale qui est appelée à se régénérer. Or, si on laisse de nombreux déchets – petites branches par exemple – ceux-ci vont tasser le sol et rendre plus difficile cette régénération. On a donc intérêt aujourd’hui à trouver des usages pour toutes les parties de l’arbre ; aussi bien pour des aspects écologiques qu’économiques. C’est dans cette perspective que le CIRAD travaille sur de nouveaux procédés industriels d’utilisation du bois.
Réduire la déforestation pour usage agricole.
En zone tropicale, notamment en Afrique, la technique du brûlis est très répandue pour libérer de nouvelles parcelles agricoles. Dans le but de pallier cette incompatibilité entre forêt et agriculture, le CIRAD développe l’agroforesterie. Sans avoir la prétention de reconstituer des forêts aussi riches que la forêt tropicale naturelle, il s’agit d’associer ces deux occupations du territoire. Principalement utilisée dans des régions sèches où les arbres apportent de l’ombre aux cultures, l’agroforesterie permet aux populations locales de disposer à la fois des produits de l’agriculture et de bois de chauffage.

  • LES USAGES DU BOIS

Dans le monde, la moitié du bois produit est dédiée à des applications énergétiques, qu’il s’agisse de bois de chauffe ou bien de fabrication d’électricité. Le bois est sélectionné depuis bien longtemps pour servir de combustible dans les foyers et usines mais depuis peu, les déchets des scieries ou bien recueillis lors de l’abattage de l’arbre aussi servent à chauffer ; notamment les séchoirs à bois. Ce n’est pourtant pas leur seule utilisation : en les brûlant, on peut créer de la vapeur qui sert ensuite à faire tourner une turbine et…à produire de l’électricité. De nombreuses scieries emploient ainsi leurs déchets pour leur propre approvisionnement. Toutefois, la plupart du temps, elles produisent bien plus qu’elles ne consomment et alimentent les villages environnant. Dans ce cadre, le bois est combustible à l’état solide mais il existe à présent des procédés industriels qui le transforment en gaz ou liquide, le rendant ainsi plus simple à exploiter et à transporter. L’autre moitié du bois produit sert aux scieries pour le bois de construction et à la fabrication de pâte à papier.

Ces usages sont principalement destinés à la population locale  : en Amérique Latine, moins de 10% du bois se trouve exporté à l’étranger. En ce qui concerne l’Afrique, après des années d’exportations en grandes quantités, on assiste à un renversement de situation avec une internalisation de la demande – 50% exporté.

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Mais si les arbres sont principalement cultivés pour leur bois, il ne faut pas oublier qu’ils apportent aussi nourriture et de nombreux composés qui entrent dans la composition de produits cosmétiques. Les services écosystémiques rendus sont également importants du fait de la diversité biologique que renferment les forêts tropicales.

La compréhension des écosystèmes est donc fondamentale pour une gestion durable des forêts tropicales, du fait de leur richesse et de leur dynamique.

Si les forêts en France métropolitaine évoluent dans des conditions tout à fait différentes, les problèmes de déforestation ne se posant pas par exemple, il n’en reste pas moins que la gérer de manière durable devient un enjeu majeur partout, dans les forêts tropicales comme les forêts des zones tempérées.