Epidémiosurveillance : « L'information circule très vite entre experts »
Gilles Salvat, Directeur du laboratoire de l'Anses Ploufragan/Plouzané, Directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses © B.Holsnyder

Les laboratoires de l’Anses réalisent les analyses « en routine », dans le cadre des plans de surveillance ou de contrôle, et en urgence en cas de suspicion d'un maladie contagieuse. L'Anses joue un rôle essentiel dans la gestion des crises sanitaires. Elle apporte aux ministère de l'agriculture son expertise, avec une évaluation des risques. S'appuyant sur ces recommandations scientifiques, le ministère de l'agriculture décide d'une stratégie de gestion de crise pour éradiquer la maladie. Rencontre avec Gilles Salvat, Directeur du laboratoire de l'Anses Ploufragan/Plouzané, Directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses.

Les crises sanitaires en élevage se succèdent à un rythme soutenu. Fièvre catarrhale ovine, Influenza aviaire, ESB... Comment expliquer que tant de maladies animales frappent les élevages ?

Nous vivons en moyenne une crise par an… Les virus émergent ou ré-émergent en permanence. Ces derniers mois ont été exceptionnels : depuis début août 2015, nous avons vu venir la fièvre catarrhale ovine, l’influenza aviaire puis l’encéphalite spongiforme bovine (ESB).

Si nous vivons plus de crises sanitaires que par le passé, c’est aussi que nous avons mis en place, avec le ministère de l’agriculture, des systèmes de surveillances performants. Le virus de Schmallenberg, qui entraîne des malformations des veaux quand la mère gestante est touchée par le virus, n’aurait, par le passé, pas été détecté ; on n’aurait pas fait le lien entre les malformations et la présence d’un virus dans l’élevage. Aujourd’hui, notre réseau d’épidémiosurveillance, au contact permanent avec les élevages, est plus solide. Il nous permet de détecter des signaux, même très faibles.

Comment s’organise la surveillance ?

Les plateformes d’épidémiosurveillance regroupent des vétérinaires, des éleveurs, des laboratoires d’analyse de référence et des laboratoires départementaux, le ministère de l’agriculture, l’Anses, le réseau des coopératives, les groupements de défense sanitaires, les chasseurs… Notre réseau est très dense : le réseau national d’observation épidémiologique en aviculture animé par l’Anses Ploufragan (Côtes d'Armor) regroupe par exemple 90 % des vétérinaires qui sont en contact avec des élevages de poulets. L’information circule très vite entre experts, vétérinaires et éleveurs.

Chez les bovins, la surveillance est également très fine : tous les bovins qui partent à l’équarrissage sont analysés pour l’ESB. Une hausse de mortalité, même faible, est tout de suite détectée.

La force de nos réseaux de surveillance réside avant tout dans son maillage territorial ; les éleveurs sont bien formés, et les vétérinaires, présents sur l’ensemble du territoire, sont en contact permanent avec les directions départementales de la protection des populations (DDPP).

Nous disposons de laboratoires départementaux de terrain de très bon niveau et de laboratoires nationaux de référence de renommée internationale : 20 % des laboratoires européens de références sont à l’Anses. Entre 2007 et 2015, pendant presque dix ans, nous n’avons pas vécu d’épisodes d’influenza ; cependant une quinzaine de laboratoires a été continuellement formée et informée pour maintenir une réactivité élevée.

Pour une maladie hautement pathogène comme la fièvre aphteuse, nous avons mis en place un système très réactif ; si un vétérinaire a des doutes, il envoie des photos de son smartphone à un spécialiste de l’Anses, qui juge si la suspicion est fondée et demande des prélèvements si elle l’est. Les analyses sont mises en œuvre dans les 24 heures par le laboratoire de référence chargé de traiter le prélèvement.

Une fois la maladie détectée dans un élevage, que se passe-t-il ?

L’Anses a un rôle d’appui scientifique auprès du ministère de l’agriculture. Une fois la maladie détectée, nous réalisons au sein de nos laboratoires de nombreuses analyses qui nous permettent de répondre aux différentes questions que l’administration est amenée à nous poser, pour que celle-ci puisse circonscrire puis éradiquer la maladie : doit-on abattre l’animal, ainsi que ses congénères du troupeau ?, sa descendance ? (cas de l’ESB par exemple), quel est le risque de propagation des insectes vecteurs de la maladie ? (cas du virus de Schmallenberg), combien de temps le virus reste-t-il actif dans le lisier ? (cas de l’influenza aviaire)… Sur cette base, l’Agence émet des avis et recommandations afin que le ministère dispose de tous les éléments scientifiques qui vont lui permettre de gérer la crise.

ZOOM

En 2015, on compte 54 saisines de l'Anses par la DGAL dont 24 en santé animale, 13 en santé des végétaux et 17 en alimentation.