Épiceries sociales
Comment se nourrir dignement lorsqu’on est un étudiant sans le sou ? Après Lyon en octobre, Nice ouvre aujourd’hui une épicerie sociale étudiante.

On connaissait les épiceries sociales et solidaires, qui proposent à tout petit prix denrées alimentaires et produits de première nécessité aux personnes en situation de précarité. Voici maintenant venu le temps des épiceries solidaires spéciales étudiants.

« Lorsqu’un étudiant doit faire des choix, ce sont toujours les dépenses liées à l’alimentation et à la santé qui sautent en premier », explique Pènda Bourrié, coordinatrice des projets de la FAGE [1]. Or, « on s’est aperçus que les étudiants fréquentaient peu les Restos du Coeur ou les épiceries solidaires classiques, d’où la volonté d’adapter ce concept à nos spécificités », poursuit Jillian Chazalette, président de l’association lyonnaise GAÉLIS [2]. Le principe des épiceries solidaires et sociales s’est rapidement imposé et la première du genre, baptisée Agoraé – pour Agora Étudiante - est née à Lyon, sur le campus de la Doua, en octobre dernier.

 

Contribution financière

Dans un petit local situé dans les locaux de l’université, des produits de consommation courante (alimentaires, mais aussi hygiène, entretien et matériel scolaire), sont ainsi proposés en libre service, pour environ 20% des prix en supermarché – l’idée étant d’éviter une logique d’assistanat. L’accès est réservé aux étudiants en situation de précarité, orientés vers l’épicerie sociale par les assistantes sociales du CROUS en fonction de leur “reste à vivre” - ce qui reste réellement en poche une fois toutes les factures payées. « Il est calculé sur la période présente, et non sur les revenus de l’année précédente comme c’est le cas pour les bourses étudiantes, précise Pènda Bourrié, de la FAGE. Un étudiant peut aussi être orienté sur l’épicerie lorsqu’il a un projet important pour la réussite de ses études, comme passer son permis », poursuit-elle. Pour le moment, une cinquantaine d’étudiants bénéficient de l’épicerie lyonnaise, qui peut accueillir jusqu’à 120 personnes.

 

Avec un budget annuel d’environ 50 000 euros, l’épicerie est tenue par des étudiants bénévoles ainsi que par deux jeunes en service civique. Les denrées alimentaires et autres produits de consommation courante sont fournis par les banques alimentaires, et complétés par des dons d’associations et de commerces locaux, ainsi que par des achats dans la grande distribution lorsque cela s’avère nécessaire.

Lieu d’échanges

Pour ne pas stigmatiser les étudiants bénéficiaires de l’épicerie sociale, GAÉLIS et la FAGE ont souhaité faire du local un véritable lieu de vie étudiante. Côté alimentation, tous les étudiants de l’université peuvent ainsi venir acheter pour 5 ou 10 euros, une fois par semaine, des fruits et légumes bio locaux de l’“Agor’AMAP”. Ils peuvent aussi apprendre cuisiner ces produits de saison, en “conditions étudiantes”, c’est à dire avec une plaque électrique et un micro-ondes... Mais on trouve aussi, au sein de l’Agoraé, des conseils juridiques, une permanence d’assistantes sociales, de psychologues, des soirées films et débats, etc. « Avec ce projet, nous nous situons dans la continuité des réalisations historiques menées par les associations étudiantes, comme les logements étudiants, les bourses, les restos U... », se réjouit Pènda Bourrié. « L’idée est d’essaimer ce modèle sur l’ensemble du territoire national », conclut-elle. Une nouvelle épicerie sociale devrait ouvrir le 13 janvier à Nice. Brest, Lille, Poitiers et Strasbourg devraient suivre de peu.

Info Les épiceries sociales et solidaires sont regroupées pour partie au sein de l’ANDES (Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires), qui accueille chaque année 120 000 personnes en situation de précarité dans ses 210 épiceries, dans toute la France. Le réseau a accompagné la FAGE dans le développement d’un modèle spécifique pour les étudiants.


[1] FAGE : Fédération des Associations et Générales Étudiantes

[2] GAÉLIS : Groupement des Associations et Élus étudiants de Lyon, Indépendants et Solidaires