Entre émotions et rituels : dans les coulisses des courses de galop
© Cheick Saidou / Min.Agri.Fr

Il est 12h25 précises. Dans quelques secondes, Speedy Speed, jument âgée de 5 ans, va s'élancer sur la piste. Les spectateurs retiennent leur souffle : tout va se jouer en moins de 3 minutes. Pour donner vie à ce spectacle, c'est tout un monde qui s'active dans l'ombre. Une organisation bien huilée faite de rituels, de passions, de savoir-faire et de réglementations. Reportage, un jour de courses, dans les coulisses du nouvel hippodrome ParisLongchamp.

Ce mercredi matin, c'est une journée ordinaire de « réunion » qui débute à l'hippodrome parisien... Tout est prêt pour accueillir la centaine de chevaux en lice des 9 courses programmées l'après-midi, soit un départ toutes les 30 minutes. Les portes ne sont pas encore ouvertes au public que cela s'agite déjà du côté des écuries : le balais des vans a commencé. De véritables athlètes équins en descendent, aux regards vifs et aux muscles tendus. Parmi eux, notre challengeuse, Speedy Speed, une galopeuse à la robe bai (peau brune et crins noirs) qui affiche 14 courses à son actif dont 1 victoire.

10h30. C'est Sylvain Génelot, « garçon de voyage » de métier, qui l'a accompagnée et en a la charge pendant toute sa présence à l'hippodrome. Il ne quittera jamais l'animal, sauf lors de la course. « Mon rôle est de prendre soin du cheval avant et après la course », explique-t-il. Au sein des écuries entièrement rénovées – et agrandies – règnent une ambiance bien particulière : tout va très vite, mais dans un calme étonnant, sans bruit ni geste brusque qui pourraient effrayer les chevaux.

10h45. Première étape : le contrôle vétérinaire, obligatoire pour tous les chevaux à leur arrivée. Isabelle Guizien, cheffe du service vétérinaire du Groupement technique des hippodromes parisiens (GTHP), et son équipe contrôlent chaque animal. D'abord son identification avec une observation visuelle et la lecture d'une puce implantée dans le cou, puis son carnet de santé. En cas de vaccin non à jour, c'est l'élimination immédiate. C'est le cas du voisin de Speedy Speed, qui sera déclaré « non partant ».

11h. Speedy Speed, elle, a passé avec succès l'étape du contrôle vétérinaire. La course est dans moins d'une heure et demi, cela laisse le temps à Sylvain Genelot et à son collègue, Jean-Charles Meignant, de préparer notre galopeuse : « On doit la doucher, la brosser, la natter, lui graisser les pieds... Le cheval doit être le plus beau possible pour la course : c'est une tradition dans le sport hippique ». Une fois prête, Speedy Speed va pouvoir se dégourdir les jambes au « rond de détente », situé au milieu des écuries.

12h. Les haut-parleurs annoncent le début des « opérations » : c'est le signal pour seller le cheval et l'emmener au « rond de présentation », dernier sas avant l'accès aux pistes. Ce moment, véritable rituel des courses de galop, permet au public – et aux parieurs – d'apprécier de visu l'allure de leur favori… ou bien de changer d'avis ! C'est aussi là que le jockey va prendre possession de sa monture, après avoir reçu les derniers conseils de l'entraîneur.

12h15. Coralie Pacaut, 19 ans, est l'une des cent femmes que compte le milieu des jockeys (sur six cents hommes). Avec ses 520 « montes » dont 42 victoires, elle sait exactement ce qu'elle doit faire : « Pendant une course, j'essaye d'apporter à mon cheval le meilleur parcours possible ». Une fois l'étape de la pesée passée (un écart de 400 g est toléré lors de la pesée post course), elle échange rapidement avec Yannick Fouin, l'entraîneur et propriétaire de Speedy Speed, avant d'entrer sur la piste en compagnie des 16 autres chevaux partants. Après, tout va très vite…

12h30. Moins de 3 minutes après le top départ, la course est déjà finie. C'est l'heure de gloire du couple gagnant, bien sûr, mais aussi des « reboucheurs de trous », une étape insolite – mais essentielle – qui consiste à remettre les mottes de terre arrachées par les chevaux avant la prochaine course. C'est aussi le rush pour l'équipe des vétérinaires : au moins deux chevaux par course, dont le gagnant, doivent subir un contrôle anti-dopage. « Nous avons une tolérance zéro », précise la cheffe vétérinaire. « Les prélèvements ne doivent révéler aucune substance dopante et/ou médicamenteuse. Mais nous sommes là aussi pour assurer le bien-être des chevaux et, si besoin, fournir des soins. »

12h35. De son côté, Speedy Speed est déjà sous la douche. Dans moins d'une heure, elle aura à nouveau pris place à l'arrière du van. À son retour à l'écurie, la jument aura bien mérité son bain de jambes à la terre glaise, pour refroidir les muscles, et une période de repos de 2 à 3 semaines. Les entraînement reprendront ensuite, jusqu'à la prochaine « réunion »… Ah, au fait, notre galopeuse a fini à la 3e place de sa course. Pas si mal pour une « non favorite » !

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