"En soixante ans, le regard porté sur la création de la PAC a changé"
23/03/2017
Le traité de Rome a été signé le 25 mars 1957. A cette occasion, le ministre de l'Agriculture a invité des étudiants d'AgroParisTech à plancher sur les archives de la construction européenne. Un exercice pour analyser le regard que l'on portait à l'époque sur les 1er jalons de la politique agricole commune.

Une plongée de quelques semaines dans les archives de la presse généraliste sur la période 55-60 met au placard quelques clichés : « La politique agricole européenne n’a pas été imaginée uniquement pour nourrir l’Europe ! En effet, les analyses de l'époque montrent que, dès les années soixante, la France était excédentaire en orge et en maïs grâce à la modernisation du secteur depuis l'après-guerre ! De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis accumulaient eux-aussi des stocks de céréales et souhaitaient les vendre aux pays européens. Ainsi, ces stocks pesaient sur le marché européen des céréales, en particulier sur le marché français. Au-delà de l'objectif de sécurité alimentaire de long terme, l’Europe, son marché commun et la PAC ont donc également été conçus à des fins économiques, commerciales tenant compte d'un contexte géopolitique global », analysent Ludovic Paul et Jonathan Saulnier, étudiants à AgroParisTech et PontsParisTech en Mastère PAPDD (Politique et Action Publique pour le Développement Durable) qui ont réalisé cet instructif exercice.

Crédit ci-après
© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr

Le projet européen doit évidemment beaucoup à la détermination et la vision historique de ses "pères fondateurs": Schuman, Adenauer, Mansholt, Monnet... Mais ne sous-estimons pas le rôle des Etats Unis, qui avaient conditionné le plan Marshal à ce que "l'Europe unisse ses efforts", ni le contexte géopolitique: le marché commun ouest-européen comme contre-poids de l'URSS, et complément "civil" à l'OTAN.

Ecumer les archives, c’est aussi découvrir les réactions des professionnels, des journalistes et du grand public : « On avait une vision très fine de la situation agricole et des enjeux de la négociation sur la PAC. Certains prédisaient déjà l'accumulation des stocks agricoles européens et la baisse des prix qui ont effectivement été problématiques par la suite dans la mise en oeuvre de cette politique. Aussi, la presse du début des années 60 estimait que l’agriculture était le dossier le plus difficile du marché commun et craignait une crise européenne en cas d'échec sur la PAC : l'agriculture a été et reste une grande politique structurante de l’Europe ».

Enfin ce travail permet de se projeter et d'imaginer les nouveaux termes du débat sur la politique agricole européenne : "Nous sommes convaincus que le projet européen a de l'avenir et que l'agriculture doit toujours y contribuer."

En conclusion de cette rétrospective, Stéphane Le Foll a défendu la construction européenne en la mettant en perpective de 4 siècles d'histoire européenne :

"60 ans de stabilité européenne, à l'échelle de l'histoire, c'est très court. Cela relativise cette volonté de changement à tout prix comme le fait le Royaume-Uni avec le Brexit"

60 ans, 60 "belles histoires"

A l'occasion des soixante ans du Traité de Rome, découvrez "60 belles histoires" qui illustrent quelques-unes des réalisations de l’Union européenne en France : des projets, petits et grands, qui ont vu le jour grâce à des financements européens, pour soutenir l’emploi, la croissance ou encore  l’agriculture...

Voir aussi