"Effet cocktail" des contaminants

Évaluation des multi-expositions et gestion des mélanges de contaminants dans les aliments.

Qu’est ce qu’un « effet cocktail » ?

L’effet cocktail est l’expression généralement employée pour parler des effets sur la santé de plusieurs substances chimiques ou contaminants auxquels l’homme peut être simultanément exposé. Cette définition suggère que des molécules prises séparément peuvent voir leur toxicité augmenter lorsqu’elles sont combinées. Il convient de noter qu’il ne s’agit pas spécifiquement d’un sujet lié à l’alimentation : nous vivons entourés de la chimie et de substances chimiques très nombreuses. Environ 30 000 substances chimiques sont utilisées en Europe pour tous les usages industriels si on se réfère aux demandes d’enregistrement et d’évaluation du règlement européen REACH [1].

Quelles sont les voies d’exposition ?

Les voies d’exposition à ces substances sont multiples : voie alimentaire (contaminants de l’environnement, améliorants du type additifs alimentaires, résidus de traitements pesticide ou vétérinaire etc.), voie aérienne par inhalation (environnement urbain, de travail, air intérieur) ou voie cutanée (cosmétiques, traitements etc.).

Les substances en jeu :

Les substances chimiques contenues dans les aliments ont des formes très diverses. Elles sont le reflet de la variété et parfois de la complexité des substances chimiques qui nous entourent et nous servent au quotidien. Il peut s’agir :
- de contaminants chimiques dont la présence est fortuite et involontaire. Elle est généralement due à la production et à la fin de vie de nombreux biens deconsommation : contaminants de l’environnement issus des matériels de maison (meubles, vaisselle, tentures, emballage etc.), matériaux de construction et de décoration (peinture, vernis, colles, matériaux composites), cosmétiques, produitsnettoyants, biens de consommation en tout genre (batteries, textiles, équipementsde sport, informatique, hi-fi…), etc. Elle peut également être causée par des accidents d’origineindustrielle ou être naturelle, d’origine environnementale ;
- de résidus de médicaments destinés aux animaux de production ou de pesticides pour traiter les plantes ;
- d’améliorants alimentaires (additifs, arômes, auxiliaires technologiques telsque les enzymes). Ces substances sont utilisées pour leurs propriétés particulières : on exploite par exemple leur caractère édulcorant, colorant, anti-agglomérant, etc.

Quelles sont les connaissances scientifiques ? Comment sont évalués les risques ?

État des lieux : L’évaluation des risques, notamment l’évaluation préalable à une autorisation par les pouvoirs publics avant la mise sur le marché (pour les pesticides, les médicaments vétérinaires et les améliorants alimentaires), joue un rôle déterminant.

Cette évaluation de la substance est basée, pour la vérification de l’innocuité, sur les effets toxicologiques : des batteries de tests robustes et standardisés sont mis en place avec observation des effets de la molécule seule étudiée chez l’animal et également dans des systèmes in vitro. A titre d’exemple, les exigences en matière de données toxicologiques et écotoxicologiques requises pour l’évaluation des pesticides sont très strictes et représentent plusieurs centaines d’essais par dossier. Par ailleurs, les marges de sécurité prises pour l’évaluation des risques sont très importantes et ont été ainsi définies pour garantir une marge de sécurité élevée pour chaque produit pris individuellement.

Ces évaluations n’intègrent cependant pas, sauf cas spécifiques des valeurs toxicologiques de référence établies pour un ensemble de substances (cas des dioxines, PCB et sulfites), les effets des mélanges de molécules.

Vers une prise en compte de l’effet cocktail dans les évaluations des risques

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) porte une étude (résultats attendus pour 2012) qui a pour objectif de développer des outils méthodologiques afin d’évaluer les risques d’effet cocktail de mélanges de pesticides, même à faible dose. Ces outils pourront ensuite être utilisés pour déterminer les risques d’effet cocktail de tout autre mélange de substances chimiques.

Quelles sont les démarches entreprises dans l’alimentation pour limiter ces effets ?

Afin de limiter les effets cocktail, les pouvoirs publics ont adopté une stratégie de réduction de l’exposition alimentaire aux substances chimiques préoccupantes. Cette stratégie passe notamment par :
- pour les contaminants, la maîtrise des sources de pollution (ex : incinérateurs, règlementation sur les transformateurs électriques, etc…) ;
- une évaluation stricte des substances actives et des préparations les contenant. C’est aujourd’hui le cas des pesticides. Un programme de ré-évaluation des additifs a également été mis en place (avec mise à jour subséquente de la liste positive). Enfin, une évaluation de l’ensemble des molécules chimiques démarre dans le cadre du règlement Reach ;
- une amélioration et une réduction de l’usage de certaines substances : peuvent être cités le plan Ecophyto, le travail conduit sur l’antibiorésistance liée à l’utilisation d’antibiotiques en médecine vétérinaire, ou encore la restriction d’autorisation des additifs à des effets technologiques documentés.


Quelques définitions :

Qu’est-ce qu’uncontaminant ?

Au sens réglementaire (règlement 315/93/CEE portant établissement des procédures communautaires relatives aux contaminants dans les denrées alimentaires), on parle de « contaminant » pour : « toute substance qui n’est pas intentionnellement ajoutée à la denrée alimentaire, mais qui est cependant présente dans celle-ci comme un résidu de la production (y compris les traitements appliqués aux cultures et au bétail et dans la pratique de la médecine vétérinaire), de la fabrication, de la transformation, de la préparation, du traitement, du conditionnement, de l’emballage, du transport ou du stockage de ladite denrée, ou à la suite de la contamination par l’environnement ».

Quelle est la différence entredanger et risque ?

Les données scientifiques sur un contaminantpermettent de caractériser le danger qu’il représente, c’est-à-dire les effets néfastes que son absorption peut avoir sur la santé. En revanche, lorsqu’on s’intéresse à l’exposition concrète à ce contaminant (le niveau d’absorption évalué pour différents groupes de consommateurs), on étudie le risque qu’il représente, c’est-à-dire la probabilité d’apparition des effets néfastes selon les habitudes de consommation et le niveau d’exposition qui en découle.


Focus : le système REACH Le système REACH est un système intégré d’enregistrement, d’évaluation, d’autorisation et de restriction des substances chimiques. Il impose aux entreprises qui fabriquent et importent des substances chimiques d’évaluer les risques résultant de leur utilisation et de prendre les mesures nécessaires pour gérer tout risque identifié. La charge de la preuve de la sécurité des substances chimiques fabriquées ou commercialisées appartient à l’industrie. L’objectif de REACH est d’améliorer la protection de la santé humaine et de l’environnement tout en maintenant la compétitivité et en renforçant l’esprit d’innovation de l’industrie chimique européenne. Une agence européenne des produits chimiques a également été créée, avec la mission de gérer au jour le jour les exigences relatives à REACH.


[1] REACH- règlement (CE) N° 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 concernant l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances (REACH), instituant une agence européenne des produits chimiques

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