EcoAntibio : une collaboration vétérinaire / éleveur nécessaire
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© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
À Auvilliers-les-Forges, dans les Ardennes, Gérard Bosquet, vétérinaire depuis trente ans, sensibilise les éleveurs de bovins aux bonnes pratiques d’utilisation des médicaments vétérinaires. Une démarche nécessaire pour réussir à appliquer l’une des mesures phare du plan Ecoantibio : la réduction de 25% de l’usage des antibiotiques. Reportage.

Ce matin-là, Gérard Bosquet examine une génisse charolaise mal en point, couchée dans l’étable à l’écart de ses congénères. Une autre vache est morte quelques heures auparavant, et son autopsie a confirmé les craintes du vétérinaire : il s’agirait d’une septicémie due à une bactérie, sans doute de type salmonelle. Une dose de fluoroquinolone est prescrite et administrée. Gérard soupire : « C’est un antibiotique à utiliser avec parcimonie. Mais là, on n’a pas le choix, la vie de l’animal est en jeu. » Ce médicament fait partie des antibiotiques considérés comme critiques : l’utiliser sans justification, de manière irresponsable, c’est favoriser l’antibiorésistance, l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques. Un risque pour la santé des animaux mais surtout  celle des hommes car il s’agit d’un antibiotique de dernier recours en médecine humaine.

« Apprendre les bons gestes »

Le plan Ecoantibio, lancé fin 2011, prévoit la réduction de 25% de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire en cinq ans. Un objectif ambitieux, mais nécessaire selon Gérard : « Notre arsenal thérapeutique n’est pas énorme, il faut le préserver. Et pour ça, éleveurs et vétérinaires travaillent de concert. » Des formations sont proposées aux éleveurs pour leur apprendre les bons gestes lors de l’examen d’un animal malade, et les sensibiliser à une utilisation raisonnée et prudente des antibiotiques. Eleveur depuis dix ans, Emmanuel Mairesse préfère toujours demander conseil : « Chacun son métier ! Et les antibiotiques ont un coût : ça n’a aucun sens de piquer à tort et à travers. » Les mentalités évoluent dans le bon sens, mais Gérard l’admet, « certains voient encore l’antibiotique comme la solution la plus simple et la plus rapide. ». Alors que dans beaucoup de cas, ce n’est pas une nécessité : « La réponse face à une vache qui boîte, c’est d’abord le parage. Face à un veau qui a la diarrhée, c’est d’abord la réhydratation. »

Hygiène et prévention

La prévention est une des clés pour limiter l’usage des antibiotiques. Une fois par an, vétérinaire et éleveur font le point sur les pathologies rencontrées dans l’élevage. A l’issue de ce bilan sanitaire, « on peut par exemple proposer une visite des bâtiments. On voit si c’est la crise du logement : trop de vaches au m2, pas assez d’entrées d’air, un râtelier à déplacer… Mais ce n’est pas simple pour un éleveur de changer ses habitudes. » L’éleveur chez qui Gérard s’arrête cet après-midi, Frédéric Moniot, n’a pas besoin d’être convaincu : son exploitation est certifiée agriculture biologique depuis 2004. Il n’a droit qu’à trois traitements antibiotiques par an pour chaque animal. « Pour rester sous ce seuil, on privilégie la prévention et l’homéopathie. On s’assure que le veau nouveau-né a bien pris le colostrum, on est vigilant sur la propreté de la litière…» Les élevages bio n’ont pas le choix : il leur faut être exemplaire. Mais selon Gérard, opposer les différents modes de production serait un non-sens : « Dans un système de production conventionnelle, on est tout autant concerné par l’hygiène et la prévention en général : pas moyen de faire produire 12 000 litres de lait à une vache si elle ne se sent pas bien ! »

Gérard Bosquet est secrétaire général de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV), une association qui propose des formations aux vétérinaires et aux éleveurs.

Depuis 2007, de nouvelles règles régissent la prescription des médicaments vétérinaires. S’il réalise un suivi sanitaire permanent de l’élevage (bilan sanitaire annuel, protocole de soins, visites régulières), le vétérinaire n’est pas obligé de réaliser un examen clinique systématique de l’animal malade avant de prescrire des médicaments. Les éleveurs, infirmiers de leur élevage, peuvent administrer eux-mêmes les médicaments.

La Commission européenne estime que pour l’ensemble des États membres de l’Union, les infections causées par les micro-organismes résistants aux anti-microbiens sont responsables du décès de 25 000 patients chaque année.
Source : COM (2011) 748