DEPHY au programme des établissements d’enseignement agricole 
Des étudiants du Viti Campus d’Avize assiste à une démonstration de réglage de matériel pour optimiser la qualité du traitement sur vignes.
©Min.Agri.Fr
Le plan Ecophyto II prévoit l’intégration de tous les établissements d’enseignement agricole français au réseau DEPHY Fermes. Une centaine d’entre eux en sont déjà membres. L’objectif : inciter les lycéens et les agriculteurs en formation à moins utiliser de produits phytosanitaires, grâce à des enseignements spécifiques, misant sur l’expérimentation.

Initié en 2010 dans le cadre du plan Ecophyto, le réseau DEPHY Fermes comprend environ 2 000 exploitations agricoles pilotes. Sa vocation : contribuer à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, à travers l’expérimentation et la mutualisation et la diffusion d’expériences réussies. Multi-partenariale, le programme DEPHY privilégie l’échange entre les professionnels : exploitants, centres de recherche, Chambres d’agriculture… mais aussi EPLEFPA (établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricole). Pour le moment, 104 exploitations de l’enseignement agricole sont impliquées dans le plan Ecophyto et 91 établissements sont engagés dans le réseau DEPHY Fermes. Pour les étudiants et les agriculteurs en formation, les intérêts de cette démarche sont nombreux.

Des applications concrètes

À travers leur engagement à DEPHY et Ecophyto, les établissements font passer leurs élèves de la théorie à une pédagogie active. Cela passe notamment par la mise en place de nouvelles stratégies culturales sur les exploitations des lycées, répondant à des problématiques culturales locales. Très souvent, ce sont des innovations combinant :

  • des leviers agronomiques (allongement des rotations, conversion de tout ou partie de l’exploitation en agriculture biologique, association de cultures) ;

  • des stratégies de substitution (désherbage mécanique, enherbement des parcelles, lutte biologique telles que les semis sous couvert ou la confusion sexuelle pour les vignes, observation et optimisation de l’utilisation des auxiliaires, utilisation de variétés résistantes) ;

  • l’amélioration de l’efficacité des intrants (réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, meilleure qualité de pulvérisation, choix de variété plus résistantes).

Ainsi, « On a la possibilité de mettre en place des expériences ou de repenser nos systèmes de cultures, explique Florian Sanchez, enseignant en agronomie à l’EPLEFPA Charlemagne de Carcassonne (Aude). On change le cap de notre pédagogie : les élèves co-construisent les projets avec les enseignants, s’initient à des pratiques qu’ils ne connaissent pas forcément et sortent de leurs habitudes. De notre côté, nous jouons pleinement le jeu en adoptant ce qu’ils proposent. » Quitte à passer par des phases d’échec et de remise en question… « A travers les expérimentations, les élèves peuvent se rendre compte par eux-mêmes des limites et des avantages de chaque mode de conduite ou des matériels utilisés. L’idée est de leur faire comprendre qu’on peut apprendre de toutes les hypothèses, y compris lorsqu’elles ne sont pas valables. Nous nous adressons à des techniciens, pas seulement à des étudiants. »

Expérimenter pour mieux connaître son métier

En plus de la généralisation de techniques et de systèmes de cultures innovants, les établissements testent et valident des hypothèses favorables à la réduction des produits phytosanitaires. Pour cela, les élèves sont amenés à se confronter à des cas concrets qu’ils pourront rencontrer lors de leur vie professionnelle.

A Avize Viti Campus (Marne) par exemple - un établissement pilote, intégré très tôt au réseau DEPHY - l’objectif est de limiter le recours aux intrants. « Nous avons mis en place des bandes de vignes témoins non traitées afin de mesurer l’intensité et la progression des maladies, déclare Benoît Jolly, technicien sur le domaine viticole en charge du développement, de l’innovation et de l’expérimentation. Nous avons ainsi une meilleure connaissance de notre terroir. Nous pouvons alors mettre en place des alternatives cohérentes par rapport à ce que nous découvrons. Nous avons affiné nos connaissances pour améliorer nos pratiques. »

A travers ces problématiques et ces innovations, les établissements entendent favoriser l’échange avec leurs étudiants. « Le monde agricole évolue très vite, constate Florian Sanchez. Nos expérimentations et nos propositions suscitent forcément la controverse. Les discussions avec les élèves peuvent parfois être un peu animées ! Les représentations et les méthodes sont parfois fortement ancrées, surtout si les parents et grands-parents ont une façon plus conventionnelle de faire les choses. D’autres sont, toutefois, ouverts à toute proposition et initient déjà progressivement de nouvelles méthodes chez eux… ou espèrent le faire plus tard. »

Des étudiants de l’EPLEFPA Charlemagne de Carcassonne procèdent à des semis de blé dur.
©Min.Agri.Fr

Rendre compte et mutualiser les connaissances

Outre l’intérêt pédagogique évident, la participation au réseau DEPHY permet aussi à l’établissement d’échanger avec le monde professionnel agricole. Elèves et enseignants peuvent ainsi bénéficier du soutien de la Chambre d’agriculture régionale et de ses conseillers avec l’intervention d’un animateur Ecophyto.

Certains établissements participent en outre à l’élaboration du Bulletins de santé du Végétal (BSV) en partageant leurs observations de terrain. Disponibles sur les sites des Directions régionales de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (DRAAF), ceux-ci apportent une information fiable sur la situation sanitaire des cultures grâce à un travail minutieux d’observation sur le terrain.

Enfin, les établissements engagés organisent chaque année, des journées Ecophyto durant lesquelles ils présentent leurs résultats aux acteurs du monde agricole (Chambre d’agriculture, Service régional de l’alimentation, agriculteurs…). Ces portes-ouvertes permettent également d’effectuer des démonstrations de matériels spécifiques ou d’échanger entre professionnels lors de tables rondes thématiques. Lors de la journée Ecophyto 2015, le lycée de Carcassonne a ainsi organisé un colloque « Désherbage chimique vs mécanique » pour la filière viticulture.

Et demain ? Les nouvelles perspectives d’Ecophyto II

Présenté à la fin de l’année 2015, le plan Ecophyto II prolonge l’action du précédent plan en introduisant de nouvelles mesures pour réduire le recours aux intrants (-50% d’ici 2025). Il prévoit notamment d’augmenter considérablement la taille du réseau DEPHY qui devrait passer au nombre de 3 000 fermes pilotes (contre environ 1900 actuellement).

Pour cela, toutes les exploitations des établissements des enseignements agricoles y seront désormais intégrées et les étudiants participeront aux expérimentations. Pour certains de ces établissements, Ecophyto II n’est pas une révolution puisqu’ils sont déjà engagés dans cette démarche. Cependant, il permettra de systématiser la dynamique DEPHY à l’échelle nationale pour continuer à innover et à mutualiser les connaissances et les expérimentations. « À Avize, nous nous sommes engagés dans cette réflexion en 1988, explique Benoît Jolly. Depuis, nous avons mis en place un certain nombre de mesures agro-environnementales : confusion sexuelle, parcelle en agro-biologie, évaluation du mode de conduite de la vigne, etc. Ecophyto II nous permettra de confirmer ces stratégies et nous donnera les moyens de poursuivre sur la bonne voie. »