Dans le Gard, Denis Florès fait le pari de l'agroforesterie
Dans la commune de Vézénobres, dans le Gard, Denis Florès et sa femme cultivent des fruits et des légumes bio sous les arbres. C’est toute leur exploitation maraichère qui est pensée autour des peupliers et des noyers plantés par l’INRA à des fins experimentales. Ces agriculteurs ont choisi devaloriser au maximum le bois et aussi de ne pas traiter en recréeant un écosystème favorable aux insectes auxiliaires : découvrez, en images, un pari réussi sur l’agroforesterie.

En 2010, le couple achète 11 hectares de parcelles boisées de peupliers et de noyers. A l’époque, Denis loue des terres dans le même département et cherche à devenir propriétaire. Par hasard, il découvre ce lieu original et en décèle la potentialité malgré les friches. «  Les autres acheteurs concurrents se rétractaient en regardant le coût des devis pour enlever toutes les souches  » se souvient l’agriculteur. Mais Denis et Virginie Florès, forts de leurs convictions, se lancenttout de même dans l’aventure. Beaucoup autour pensaient que « sous les arbres tout pourrirait ».

Peupliers, noyers mais aussi paulownia, il existe une grande diversité d’espèce sur cette exploitation maraîchère. Ici les arbres jouent un rôle important. Chrisitian Dupraz, chercheur à l’INRA Montpellier le rappelle, « l’agroforesterie n’est ni une forêt, ni un boisement de terres agricoles  ». En effet, ici, dans le Gard, c’est toute la production de tomates, de courgettes, de fraises etc. qui est orientée en fonction des arbres. Ces derniers jouent un rôle primordial en cas de crue car leurs racines permettent de tenir les sols, explique l’agriculteur dont l’exploitation est située en zone inondable. Et contrairement aux idées reçues il y a assez d’eau pour que coexistent arbres et cultures. En effet, les arbres puisent l’eau assez profondément. Celle ci remonte par capillarité et alimente les fruits et les légumes ! Le sol est aussi enrichi en humus grâce à la chute des feuilles à l’automne.

Rien ne se perd, tout se transforme...

Denis Florès utilise au maximum les ressources provenant des arbres. Il valorise notamment les branches récupérées au moment de l’élagage. Celles ci sont broyées et réduites en BRF (bois raméal fragmenté) étendu en copeaux dans les interrangs de fraises ou de courges pour limiter l’arrosage et le désherbage. Le BRF permet également une totale autonomie de chauffage dans les serres de plants. Les copeaux de bois sont en effet humidifiés et leur fermentation crée de la chaleur (technique des couches chaudes).

Les peupliers adultes sont ensuite vendus à une coopérative ou en bois de chauffage mais c’est surtout les noyers qui permettent à l’agriculteur de dégager ponctuellement un revenu grâce aux ventes à l’unité. Le noyer est en effet une essence prisée pour le bois d’oeuvre.

Objectif : Recréer un écosystème et atteindre le « 0 pesticides »

Avec l’aide de Pur Projet (partenaire du groupe Accor dans son action de préservation des écosystèmes) et du Centre de Formation professionnelle et de Promotion Agricole (CFPPA) de Die, Denis et Virginie Florès ont aussi planté deux haies d’arbustes (arbousiers, noisetiers, arbres de Judée etc.) pour protéger l’exploitation et favoriser la présence des insectes auxiliaires de culture. Entre les haies, les agriculteurs ont également laissé une large bande enherbée pour là aussi favoriser la biodiversité.

Grâce à cet écosystème équilibré, plus besoin de traitement sur les fruits et légumes. Mais Denis et Virginie se réservent la possibilité d’intervenir avec les moyens qui leurs sont offerts en agriculture biologique si cela était nécessaire. Pour réaliser cet objectif de 0 pesticides, « le tout est d’accepter de perdre quelques kilos de tomates » explique Denis Florès. Cet agriculteur préfère en effet s’en tenir à un équilibre naturel plutôt que de se focaliser uniquement sur les volumes de production. Il utilise aussi des pratiques préventives et alternatives ainsi que des biopesticides comme par exemple le tourteau de ricin pour lutter contre le taupin, un insecte ravageur.

Au terme de cette première année, la récolte lui permet de vivre et d’écouler la quasi-totalité de sa production.Il reste évidemment des défis à relever. Non issu du milieu agricole et formé un an BPA, Denis Florès observe en permanence ses cultures agro-forestières et réajuste ses pratiques en conséquence. En raison de l’ombre produite par les arbres, il avait par exemple réorienté ses plants car les légumes, comme le fenouil, ont besoin de davantage de lumière.

Dans les prochaines années, il souhaite développer des grandes cultures, au delà des 2 hectares actuels de maraîchage. Il conserverait par ailleurs son système de vente directe et de cueillette à la ferme ainsi que les débouchés que lui procurent « la ferme du coin », un magasin associatif situé à Alès qui rassemble des producteurs et des éleveurs locaux.

Denis Florès multiplie aussi ses contacts en France comme à l’international. Il est président de la CIVAM bio du Gard et membre du réseau Base. Il est également suivi par un bureau d’étude (Agroof) qui lui sert d’interface avec la recherche. Tout un travail partenarial pour partager les expériences notamment lors des portes ouvertes !