Colloque DEPHY : progresser vers une agriculture économe en produits phytosanitaires
Philippe Ménard-Gaborit, viticulteur à Monnières (44) participant au réseau de fermes DEPHY.
©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr

Le 5 novembre 2015, le colloque « En marche vers une agriculture économe en phytosanitaires » a réuni à Paris plus de 200 acteurs du monde agricole. Baisse des IFT, leviers d’action et changements de pratiques, évolution des métiers… Cette journée a été l’occasion de présenter les résultats des réseaux DEPHY-FERME et DEPHY-EXPE qui œuvrent pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires au sein de toutes les filières agricoles, en France et dans les DOM-TOM.

Lancés progressivement depuis 2009, les dispositifs DEPHY-EXPE et DEPHY-FERME ont réalisé le bilan de leurs actions le 5 novembre dernier à Paris. Ils ont pour objectif d’expérimenter, valoriser et déployer des techniques et des systèmes agricoles pour réduire l’usage des produits phytosanitaires. Une démarche qui vise à concilier respect de l’environnement et performance économique pour l’ensemble des professionnels du secteur agricole (agriculteurs, conseillers, chercheurs, etc.).

Organisé en plusieurs tables rondes, ce colloque a d’abord souligné les résultats obtenus à l’échelle nationale : des baisses d’IFT (Indice de fréquence de traitements) ont ainsi été observées dans les exploitations du réseau FERME pour l’ensemble des filières (grandes cultures, polyculture, arboriculture, viticulture, etc.).

Au niveau du réseau EXPE, centré sur la recherche agronomique, des systèmes culturaux en rupture avec l’utilisation conventionnelle de produits phytosanitaires ont été expérimentés. Ces derniers présentent des résultats potentiellement intéressants.

« Le réseau DEPHY est encore jeune et ne dispose que de peu de recul, note Emeric Pillet, organisateur du colloque et chef de projet DEPHY Ecophyto. Mais pour le moment, c’est très encourageant. Globalement, les acteurs engagés ont réussi à concrétiser des techniques alternatives. D’autant que certaines sont plus ou moins faciles à mettre en œuvre et demandent un temps d’assimilation. »

Une diversité de stratégies pour modifier les pratiques

Au-delà d’un bilan chiffré, certaines actions ont fait l’objet d’une présentation détaillée. Différents membres de ces deux réseaux ont pu ainsi apporter leur témoignage et leurs retours d’expérience.

En viticulture par exemple, des solutions ont été testées et adoptées pour réduire l’utilisation de produits chimiques : désherbage mécanique sous le rang, outil d’adaptation des doses de traitement, pulvérisation confinée pour réduire les quantités de produits et maîtriser leur vaporisation…

En horticulture, des sites DEPHY ont mis en place des méthodes alternatives de lutte contre les ravageurs. L’utilisation d’auxiliaires (insectes et parasites) combinée à l’apport de pollen ont permis de remplacer presque totalement les traitements fongicides et insecticides. « Ces expériences singulières illustrent la richesse et la diversité des démarches possibles pour diminuer la dépendance aux produits phytosanitaires, explique Emeric Pillet. Quels que soient le niveau de pratique et le type d’exploitation, il est possible de prendre des initiatives. »

Des métiers en mutation

Cette journée d’échange a également permis aux participants de s’exprimer sur les évolutions des métiers d’agriculteur, de conseiller ou d’expérimentateur. Ils ont ainsi pu témoigner de leur manière de vivre leur métier aujourd’hui et des changements qu’ils ont initiés. Certains ont notamment évoqué l’acquisition de compétences nouvelles ou revisitées, la nécessaire mutualisation des connaissances. D’autres ont également plaidé pour des interactions plus étroites entre les agriculteurs et les ingénieurs agricoles. « La mise en œuvre d’une approche système peut être déstabilisante et paraître complexe pour de nombreux professionnels, observe Emeric Pillet. Aujourd’hui, il s’agit de traiter les problématiques sur le long terme, dans le cadre d’approches complémentaires. Point intéressant, certaines filières, qui n’étaient jusqu’ici pas initiées à cette méthode globale d’expérimentation et d’évaluation commencent à s’en emparer. Il reste beaucoup à faire mais des initiatives remarquables sont menées sur le terrain. J’en suis persuadé : des opportunités comme le réseau DEPHY contribuent à l’évolution du secteur agricole. »

DOM-TOM : moins d'intrants pour les cultures tropicales

Outre-mer aussi, des changements de pratiques s’opèrent au sein de la filière des cultures tropicales. Trois projets DEPHY-EXPE testés sur une vingtaine de sites expérimentaux ont vu le jour à la Réunion et en Guadeloupe. Ils concernent, par exemple, le recours à la mécanisation et aux innovations techniques pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires dans des systèmes diversifiés ultramarins (cultures d’ignames ou de cannes à sucre). Quant au réseau DEPHY-FERME, il a largement essaimé aux Antilles, à la Réunion et à Mayotte, avec 63 exploitations engagées. « Il y a une vraie prise de conscience sur les enjeux environnementaux de la part des agriculteurs, notamment concernant l’impact des produits phytosanitaires, constate Angéline Houdin, chargée de mission de la cellule d’animation nationale DEPHY Ecophyto. De ce fait, ils remettent en question leurs méthodes de travail et se tournent volontairement vers des solutions alternatives. »

Comme en métropole, les résultats sont encourageants. En ce qui concerne la culture de canne à sucre, l'IFT a enregistré une baisse de 20% entre l'entrée dans le réseau et 2014. La qualité et les rendements sont bien maintenus. Pour parvenir à ce résultat et réduire les traitements, des leviers d’actions ont été mis en place au sein des exploitations. Par exemple, l’implantation de plantes de service telle que la Crotalaire permet de lutter contre les principaux nématodes (vers microscopiques) de l’ananas, de protéger le sol de l’érosion et de l’enrichir. Pour la banane, l’utilisation de plantes de couverture limite la repousse d’adventices (terme désignant généralement les mauvaises herbes). Enfin, les producteurs de mangues ont recours à l’enherbement sous frondaison, au piégeage de ravageurs ou aux lâchers d’auxiliaires.

Pour les agriculteurs des DOM, l’adhésion à cette démarche présente en outre un intérêt économique. En réduisant les traitements, ils peuvent diminuer également les coûts de leur exploitation. « Les frais de transport des produits phytosanitaires sont souvent élevés, explique Angéline Houdin. Par ailleurs, les producteurs de canne à sucre ont dû faire face à un gel des prix de vente. Toutes ces raisons les incitent à faire des économies… et à continuer dans cette démarche agro-écologique. »

 

  • Mots clés :

Pesticides, Ferme Dephy, Produits Chimiques, Ecophyto

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