Carol Duval-Leroy, femme de champagne
© Xavier Remongin/min.agr.fr

La Veuve Cliquot [1] avait ouvert le chemin. Aujourd’hui, le parcours de Carol Duval-Leroy, PDG de l’entreprise éponyme, est un modèle de réussite féminine dans le domaine de l’agroalimentaire, où seules 6%de femmes sont des dirigeantes. En constante évolution, et de renommée internationale, la maison familiale Duval-Leroy fait la part belle aux femmes, à tous les niveaux.

Comment êtes-vous devenue PDG de la Maison Duval-Leroy ?

Carol Duval-Leroy : J’ai quitté la Belgique pour la France en 1981. Mon mari était alors le dirigeant de la maison familiale Duval-Leroy. De mon côté, je m’occupais de mes trois enfants et, comme beaucoup de femmes en Champagne, je gérais l’intendance lors des vendanges. Lorsque mon époux est tombé malade, en 1990, il a réuni son équipe pour leur annoncer que je reprendrais les rênes après sa mort. Il souhaitait que je sauvegarde le patrimoine des enfants, et il savait que je lui dirai oui.

Comment avez-vous conquis cet univers très masculin ?

C.D.-L. : L’année du décès de mon mari, nos équipes se sont installées dans les nouveaux bâtiments. Mon mari avait souhaité que j’en fasse l’inauguration. J’ai donc annoncé ma présidence devant tous les grands noms de la Champagne. Les réactions ont été multiples. Certaines personnes se sont réjouies, d’autres m’attendaient au tournant. Mais peu m’importait. Il s’agissait simplement pour moi de prouver que j’étais tout aussi capable qu’un homme. Et je n’ai eu aucun doute. Car avec beaucoup de travail et de volonté, on arrive à tout. Je pense même que les femmes sont plus aptes à réussir que les hommes, car elles travaillent plus.

Qu’avez-vous apporté à l’entreprise ? Quelle est la touche Carol Duval-Leroy ?

C. D.-L.  : La maison créait jusqu’alors des champagnes pour des marques de distributeurs. C’est la première chose que j’ai souhaité changer. Il y avait le nom Duval-Leroy sur la porte, j’ai donc décidé de faire uniquement du champagne Duval-Leroy et de le vendre sur toutes les bonnes tables. Ensuite, j’ai apporté une touche féminine à nos vins. « Champagne » est un mot magique qui fait rêver le monde entier. Je voulais donc des bouteilles qui soient des écrins, de nouveaux habillages, et des cuvées plus féminines.

La cuvée Femme de Champagne par exemple ?

C. D.-L. : Oui. Nous avions cette cuvée depuis des années. Elle attendait en cave. Je voulais qu’elle porte un nom en « F », afin de faire écho à Fleur de Champagne, une cuvée historique de la maison. Nous avons pensé à Femme de Champagne, car j’étais la seule femme PDG d’une maison de cette importance. Cette cuvée assemble les meilleures parcelles de chardonnay et de pinot noir et n’est produite qu’en millésime, soit uniquement lors des meilleures années. Les millésimes 1990, 1995, 1996 ont été récemment rejoints par le millésime 2000.

Comment est née la collaboration avec Sandrine Logette-Jardin, votre chef de cave ?

C.D.-L.  : Sandrine est arrivée dans la maison en même temps que moi, en 1991. Je l’avais embauchée comme responsable qualité, et nous avons été la première maison de champagne certifiée ISO 9002 [2]. C’était donc déjà une belle collaboration. En revanche, nous avions un chef de cave qui ne me ressemblait pas. Je ne buvais même plus son champagne, que je n’appréciais pas. Et quand je lui faisais des demandes ou des suggestions, il ne me prenait pas au sérieux. Je me suis donc séparée de lui et j’ai demandé à Sandrine, qui est œnologue, de reprendre la cave en 2005. Il y a très peu de femmes à son niveau. J’aime travailler avec elle, nous échangeons, nous nous comprenons, elle écoute mes suggestions. Et j’aime son champagne !

Chez Duval-Leroy, d’autres femmes sont à des postes clés ?

C. D.-L. : En effet, il y a 43 %de femmes dans l’entreprise. Parmi elles, notre chef de laboratoire et la personne que j’ai choisie pour la réception des matières sèches (les bouchons). Avec elle, tout est rangé convenablement, tout est conforme. Auparavant, un homme était à ce poste et c’était le bazar ! Pour tout vous dire, à CV égal, j’ai tendance à préférer donner sa chance à une femme.

Quelles sont les spécificités des femmes selon vous ?

C. D.-L. : Je crois que, en tant que femmes, nous sommes conscientes que nous allons transmettre le domaine que nous exploitons. Je suis une mère et je veux préserver nos terres afin de les léguer à mes enfants. Ainsi, nous avons été la première maison à élaborer une cuvée bio. Justement avec cette idée de préservation et de transmission. Je crois que l’écologie est davantage une évidence pour les femmes.

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©Xavier.Remongin/Min.Agri.fr Sandrine Logette-Jardin
Sandrine Logette-Jardin, chef de cave
Sandrine Logette-Jardin entre chez Duval-Leroy en tant qu’œnologue et responsable qualité en 1991. En 2005, à la demande de Carol Duval-Leroy, elle devient chef de cave de la maison, un poste rarissime en France pour une femme. Depuis, elle a élaboré nombre de cuvées renommées. Sandrine Logette-Jardin marque sa préférence pour l’année 2008, qui a donné, selon ses propres termes, de « très jolies cuvées ». Sa préférée ? Le Rosé Prestige, dont elle aime « la générosité et les notes de fruits rouges qui évoquent l’enfance ».

 

[1] En 1805, le décès de son mari propulse Barbe Nicole Clicquot, âgée de 27 ans, à la tête de la maison de champagne créée trente-trois ans auparavant. « La grande Dame de Champagne » est l’une des premières femmes d’affaires de l’époque moderne.

[2] ISO 9002 : norme de maîtrise de la qualité pour la production, l’installation et l’assistance après-vente.

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