Biosécurité : un enjeu majeur pour sécuriser les élevages face aux épizooties
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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr

Pour endiguer la répétition des crises sanitaires touchant l’aviculture, l’État a signé un pacte avec la filière palmipèdes à foie gras, dont la biosécurité est la pierre angulaire. Explications de Bruno Ferreira, chef du Service des actions sanitaires en production primaire à la Direction générale de l'alimentation.

Les deux crises d'influenza aviaires de 2015-2016 et 2016-2017 (H5N8) ont très fortement impacté la filière palmipèdes à foie gras et volailles du sud ouest. Très couteuse pour les éleveurs et pour l’État (chiffres en encadré), cette succession de crises a mis en évidence la sensibilité de la filière aux épizooties et la nécessité de renforcer de façon importante les dispositifs de biosécurité.

Le pacte, signé le 13 avril 2017 par le ministre et l’ensemble de la profession, a été discuté depuis plusieurs mois. Il crée une feuille de route qui engage chacun, état, interprofessions, éleveurs, transporteurs.., autour de la biosécurité et de l'organisation des filières pour diminuer les risques. Il rendra les élevages plus robustes face à de nouveaux risques d’apparition d'influenza aviaire.

La biosécurité

La biosécurité désigne l'ensemble de mesures préventives et réglementaires visant à réduire les risques de diffusion et transmission de maladies infectieuses chez l’homme, l’animal et le végétal.

En savoir plus sur la biosécurité

Pourquoi ce pacte ?

Nous souhaitons augmenter la biosécurité de la filière et la réactivité collective en cas de suspicion de virus. L’Etat a déjà beaucoup règlementé en la matière ; nous devons maintenant davantage impliquer et responsabiliser l’ensemble des acteurs.

Nous voulons améliorer la réactivité collective par de meilleurs systèmes d’information, systèmes d’alertes, de cartographie… Dans une région aussi densément peuplé d’élevages que le sud-ouest, les acteurs doivent faire preuve d’une très grande réactivité pour juguler rapidement toute suspicion de foyer et éviter que le virus ne se propage.

A qui s’adresse ce pacte ?

Tout le monde est concerné : les éleveurs, la filière, les entreprises de transformation, les abattoirs, les vétérinaires, les laboratoires d’analyse, la recherche publique, les transporteurs et l’Etat !

Depuis plus d’un an déjà, en étroite collaboration avec la filière, nous améliorons la biosécurité des filières volaille et canard. En partenariat avec l’Institut technique de l’aviculture (ITAVI), nous avons diffusé des fiches de sensibilisation à la biosécurité pour chaque type d’élevage et pour chaque mode de production (volaille, canard à gaver, accouveurs, éleveurs de gibier à plume)…

Chaque éleveur du sud-ouest a reçu une formation aux pratiques responsables. Il apprend à protéger son élevage de toute contamination extérieure. Nous poursuivons les efforts grâce aussi à la mobilisation du fond Vivéa : la formation est actuellement déployée sur l’ensemble du territoire. La biosécurité est un investissement capital pour l’avenir de nos filières volailles partout en France.

A partir de mai 2017, des audits professionnels seront réalisés dans chaque élevage de canard à foie gras (palmipède gras) pour s’assurer que l’ensemble des exploitations respectent les principes de précaution en matière de biosécurité. Par son organisation très éclatée et segmentée, cette filière est plus exposée et plus sensible que les autres aux contaminations. Ces audits seront financés sur la base de fonds professionnels.

Les éleveurs ne sont pas les seuls concernés par le pacte. Les enquêtes de l’Anses ont montré que les transports, jouaient un rôle important, mais aussi les différents intervenants en élevage, dans la diffusion du virus H5N8 entre les élevages.

La filière et les acteurs du transport doivent mettre en place ou développer des installations permettant de désinfecter et de contrôler ces désinfections des moyens de transport.

Nous sommes en discussion avec la filière et les laboratoires pour mettre en place un contrôle systématique des canards prêts à gaver dès lors qu'ils sont sur de grandes distances.

Nous lançons également des guides de bonnes pratiques à destination des transporteurs et du personnel intermédiaire intervenant en contact avec les élevages.

Les oiseaux migrateurs sont aussi incriminés dans cette épizootie H5N8 : Comment mieux protéger les élevages d’autres virus à venir par cette voie ?

Au-delà de toutes ces mesures de renforcement de la biosécurité à l’intérieur de la filière, nous souhaitons protéger les élevages des contaminations venues des oiseaux migrateurs. Il faut un niveau d’exigence élevé pour la protection de l’accès à l’alimentation et à l’eau dans les élevages. Il faut rendre ces points d’eau et d’alimentation moins attractifs pour la faune sauvage pour réduire les risques de contact entre les migrateurs et les oiseaux domestiques. Au moment des migrations, nous proposons un confinement ou une adaptation du parcours pour ne pas attirer les oiseaux sauvages.

Plus contrôler, plus analyser, c’est aussi le risque de plus détecter des foyers habituellement « invisibles » ?

Si nous allons au-delà des normes internationales en matière de suivi d’infections et si nous renforçons le niveau de surveillance des lots de canards, oui, nous risquons de détecter plus de cas, mais c'est aussi créer des conditions favorables pour une éradication rapide des virus. Nous discutons avec l’organisation mondiale de la santé animale (OIE) au niveau international, pour faire évoluer le principe de régionalisation lors des négociations bilatérales : un foyer de maladie détecté dans une zone en France ne doit pas impliquer la fermeture à l’export de l’ensemble de nos régions de production…

Nous souhaitons également faire certifier des entreprises selon les principes de la compartimentation si l’entreprise est exemplaire en matière de biosécurité elle devrait pouvoir garder un statut « indemne » et continuer à exporter.

Quel est le rôle de l’Etat dans la gestion de la crise ?

Le premier rôle de l'Etat dans la gestion d'une crise et de celle-ci en particulier est de définir les règles (par la réglementation) notamment pour définir les zones et les mesures de lutte et de contrôler leur application. Mais nous avons aussi un rôle d’animation, de concertation et de coordination.

Pour la direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture, c’est dix personnes mobilisées en cellule de crise depuis deux ans ! C’est surtout le travail des services déconcentrés de tous les départements touchés. 150 agents d’autres départements sont venus leur prêter main forte au plus fort de la crise. C’est aussi 70 emplois qui ont été débloqué en interministériel pour gérer la crise avec aussi et il faut le souligner la mobilisation sans faille des vétérinaires sur le terrain… Ce sont aussi les régions, les laboratoires, l’Anses, la chaire biosécurité de l’école vétérinaire de Toulouse, les vétérinaires, les abattoirs. Les moyens mobilisés sont extrêmement lourds ! Même les vétérinaires du Service de santé des armées sont venus renforcer les équipes sur le terrain au plus fort de la crise

Nous indemnisons.

Comment sera financé le pacte ?

Les formations en biosécurité à destination des éleveurs seront financées notamment par le fonds Vivea, mais ces financements sont aussi appuyés par les collectivités territoriales.

Les audits seront financés sur la base de fonds professionnels.

Les indemnisations des éleveurs (200 millions) sont débloquées par l’Etat avec un cofinancement de l'Union européenne.

Les investissements nécessaires à la biosécurité des élevages peuvent être financés par les conseils régionaux.

La gestion de la crise H5N8 en quelques chiffres

  • 4 millions d’animaux abattus,
  • 250 millions d’euros débloqués par l’Etat,
  • 40% de chiffre d’affaires en moins pour les producteurs.