Big data : encourager l’innovation et le partage des données en agriculture
09/03/2017
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© Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
À l’occasion du salon Big Data Paris, le rendez-vous qui a rallié près de 13 000 professionnels autour de la « Data Driven Economy » le 6 et 7 mars 2017, le ministère de l’Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la forêt est revenu sur les enjeux du numérique en agriculture lors d’une conférence menée sur l’observatoire des usages du big data.

Témoignage de Julien Turenne, chef du service Compétitivité et performance environnementale du ministère, qui est intervenu lors de cette conférence.

Quels sont les impacts attendus du big data en agriculture ?

Tous imaginent un impact considérable du big data en agriculture. L’ensemble des données issues des capteurs (stations météo, pièges à insectes, tracteurs, drones, satellites…) pourra doter l’agriculteur soumis aux aléas du marché, du climat et des crises sanitaires, d’incroyables outils de pilotage. Le big data suscite beaucoup d’intérêt et d’interrogations dans le monde agricole mais on en est encore aux prémices. Pour accélérer ces innovations, les données de ce secteur doivent être accessibles au plus grand nombre.

Comment les données sont-elles aujourd’hui partagées ?

Aujourd’hui, de nombreux acteurs travaillent déjà sur le big data agricole : des géants de l’agrofourniture (BASF, Monsanto-Bayer, etc.), des semenciers, des tractoristes (John Deere, Claas…) des coopératives ou des Unions de coopératives (InVivo, Terrena …), les spécialistes de la data comme Google et de nombreuses start-ups… Ils bousculent le paysage traditionnel du conseil et des services à l’agriculture. Mais leur accès aux données est encore très partiel.

Le développement du numérique en agriculture doit tenir compte des préoccupations légitimes des agriculteurs quant à la collecte, la détention et l'exploitation de leurs données. Les questions de propriété, de confidentialité, d'anonymisation sont sensibles. Les agriculteurs, en position de faiblesse dans la chaîne de valeur, craignent que la valorisation de leurs données par de gros acteurs n’accentue encore plus ce déséquilibre.

Quelle est la position de l’État/du ministère sur le partage des données en agriculture ?

Les données n’auront de la valeur que si elles sont partagées de manière collaborative, protégées et garanties par un tiers de confiance : l’État, la profession agricole, les banques, les coopératives, les organismes de recherche, les chambres d'agriculture … Il y a actuellement une interrogation sur qui peut jouer ce rôle de tiers de confiance : des interlocuteurs différents émergeront sur le territoire. Nous devons aussi regarder ce qui se passe ailleurs, par exemple aux États-Unis où les professionnels agricoles et les entreprises de services ont mis en place ensemble une charte qui fixe le cadre juridique et les règles d’usage des données produites sur l'exploitation agricole.

Quel est le rôle de l’État dans cette révolution numérique agricole ?

Tout l’enjeu est de rassurer, promouvoir les initiatives et fixer les règles du jeu pour la collecte et le partage des données.

Le plan d'actions agriculture-innovation 2025 a confié à Jean-Marc Bournigal, Président d'IRSTEA, une mission de préfiguration relative à la mise en place d’un portail numérique de partage des données. Le rapport de mission recommande un modèle d’innovation ouverte basé sur une mise à disposition des données en open data. Le développement de ce portail suppose aujourd’hui la volonté de coopérer entre les acteurs. Les instituts techniques agricoles, en lien avec l'APCA, ont récemment lancé API-agro, une autre initiative qui se développe sur le big data, plus orientée services.

Nous imaginons une évolution assez profonde du monde agricole avec la mise en réseau des données, la structuration de l'écosystème des start-ups, le lancement de projets collaboratifs … Le partage de données doit sortir du jeu concurrentiel pour encourager l’innovation ouverte.

Via l’Arcep, nous faisons pression sur les opérateurs de téléphonie et des fournisseurs d'accès à Internet pour améliorer la couverture numérique en milieu rural et accélérer le déploiement du très haut débit partout en France. Nous sommes aussi un levier d’accélération de l’innovation par le soutien aux projets innovants et par l'accompagnement des start-ups et des PME, qui conçoivent et développent des capteurs, des services et des outils d'aide à la décision qui créent de la valeur ajoutée pour les agriculteurs. Tel est le sens de la FrenchTech, des pôles de compétitivité et d'autres dispositifs de soutiens, financés notamment à travers le programme d'investissements d'avenir (PIA).

Observatoire des usages du big data en agriculture

L’Observatoire des usages du big data s'inscrit dans le cadre d'une étude du pôle interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques (Pipame) consacrée aux usages des données massives (big data) et à la transformation de l’ensemble des secteurs d’activité grâce aux opportunités offertes par l’économie de la donnée. L'observatoire étudie la maturité des entreprises françaises face aux enjeux du big data. But du jeu ? Anticiper les nouveaux modèles économiques pour accompagner des entreprises dans cette révolution. L’observatoire publiera une étude sur l’impact du big data sur près de 40 secteurs au 2ème trimestre 2017.

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