Avec Sully, labourage, pâturage et vif essor de l’agriculture !
Crédit ci-après
© Min.Agri.Fr

Maximilien de Béthune, plus connu sous son titre de duc de Sully, compagnon d’armes et ministre du roi Henri IV, est une figure française. C’est aussi une figure de l’agriculture, qui lui doit un spectaculaire développement, en des temps troublés de guerres de religions. Rien de plus légitime que la plus belle salle du ministère porte fièrement son nom ! Histoire d’un homme, et de quelques-unes de ses réformes qui ont donné à la France un nouveau visage…

Si le nom de Sully est associé, pour l’éternité, à celui d’Henri IV, il y a quelques raisons. Celui qui n’est alors que Maximilien de Béthune fait la connaissance du futur roi de France à l’occasion du mariage de celui-ci, en 1572, peu avant le massacre de la Saint-Barthélemy, auquel il parviendra à échapper. En effet, le seigneur de Béthune est un protestant calviniste, tout comme le futur Henri IV, auquel il conseilla, semble-t-il, de se convertir avant de monter sur le trône en 1593, pour l’apaisement du royaume. Il suivra le roi dans toutes ses guerres, toutes ses batailles, où il se distingue par son courage et sa ténacité.

Nommé Surintendant des Finances en 1598, il développe, entre autres multiples initiatives, la culture du ver à soie en incitant à la plantation de millions de mûriers.
L’année suivante, il reçoit la charge de Grand maître de l’artillerie de France et de Grand Voyer. Au travail ! Il lance alors un vaste chantier pour tracer, remblayer, paver les routes principales du royaume, améliorant singulièrement la qualité des voies de communication. Et pour répondre aux besoins en construction de la marine, il fait planter le bord des routes de milliers d’ormes. On lui doit aussi le percement du canal de Briare, dans le Loiret, qui relie la Seine à la Loire.

Une réforme de fond du royaume de France

C’est toutefois dans le domaine de l’agriculture que son impulsion va se montrer la plus forte : proclamation de la liberté de commerce des grains, abolition de péages entre les provinces, incitation à une plus forte production, afin de vendre hors des frontières. Les surfaces cultivables sont insuffisantes ? Que l’on assèche les marais ! Pour protéger les paysans, il interdit la saisie de leurs instruments de labour et leur accorde une remise sur les arriérés de la taille.
Des réformes considérables, menées tambour battant pendant une dizaine d’années, seulement, car en 1610, Henri IV meurt assassiné rue de la Ferronnerie par Ravaillac. Ironie tragique de l’histoire : le roi, sachant son ministre et ami souffrant, se rendait alors à son domicile…

Peu à peu, il abandonne ses fonctions : désaccords avec la régente Marie de Médicis, grogne paysanne contre les impôts qu’il a dû se résoudre à exiger pour financer la guerre contre l’Espagne…Le Duc et Pair de France de Sully se retire dans ses terres, écrit ses mémoires, et continue à jouer un rôle important de médiateur entre catholiques et protestants lors des sièges de Montauban et de la Rochelle. Il s’éteint dans l’un de ses nombreux châteaux, celui de Villebon en Eure-et-Loir, en 1641, à l’âge de 82 ans.

La Salle Sully : fresques, statues, lustres et caissons

Grand style. La grande salle de réunion du deuxième étage vaut largement le coup d’œil. Rien de moins que 9 mètres sous plafond ! Et quel plafond ! Entièrement recouvert, comme une partie des murs, de caissons en bois sculpté, réalisés en 1887. À cela, ajoutons trois fresques monumentales, datées de 1898 et 1901, dues au peintre Paul Sinibaldi, élève de Cabanel, représentant le Commerce, l’Industrie, et l’Agriculture, symbolisée par cette jeune semeuse en jupe brune et corsage blanc avançant dans un champ labouré par deux paires de bœufs blancs.
La description serait incomplète si l’on passait sous silence la cheminée, monumentale elle aussi, avec ses deux sculptures néo-classiques, deux jeunes femmes vêtues de savants drapés, allégories du commerce et de l’agriculture, installées dans deux niches surmontées d’un fronton triangulaire. Depuis 130 ans, elles ont tout vu et tout entendu de ce qui s’est dit entre ces murs. Mais inutile d’insister, elles ne diront rien...