Le Sel de Guérande
15/06/2016
salines de guérande
©Pascal.Xicluna/MinAgri.Fr
La démarche qualité menée pendant plus de vingt ans a été récompensée en 1991 par l’obtention du Label Rouge pour le gros sel et le sel moulu (fin) de la coopérative LES SALINES DE GUERANDE. Il est, à ce jour, le seul sel marin français à se prévaloir du Label Rouge, signe officiel de qualité supérieure, contrôlé par un organisme certificateur indépendant. Depuis 2012, la dénomination « Sel de Guérande » a été enregistrée au niveau européen en tant qu'Indication géographique protégée (IGP).

Bien que les premières salines soient apparues au IIIème siècle, le véritable essor d’une production importante sur un territoire étendu est à dater du Xème siècle lorsque les moines de l’abbaye de Landévennec, fondateurs du prieuré de Batz, mirent au point les raffinements hydrauliques qui perdurent encore aujourd’hui. Par l’étude précise des marées, de la quantité d’ensoleillement et de l’action des vents, ils élaborèrent les modalités de fonctionnement d’une sorte d’usine à ciel ouvert, mue tout à la fois par le couplage du travail et de l’ingéniosité des hommes avec les forces de la nature.

La saline est l’unité de production de chaque paludier (du latin palu : marais, d’où le nom donné aux hommes y travaillant, les paludières représentant environ 10%des effectifs) dans laquelle parvient l’eau par un réseau très complexe de bassins et de canaux qui permettent par décantations et évaporationssuccessives d’alimenter les derniers bassins d’évaporation que sont les œillets, cellules accolées constitutives de chaque saline. Par ce procédé, l’eau de l’océan Atlantique pénétrant avec une concentration basique de 25 grammes de sel par litre connaît par réchauffement et évaporation une lente concentration jusqu’à la cristallisation du sel (280 g/l).

Le sel est là. Reste à le récolter, ce qui n’est pas la tâche la plus simple. En effet, l’habileté requise est redoutable et la maîtrise s’acquiert dans la durée en maniant une batterie d’outils qui demeurent majoritairement en bois. Citons les principaux : le las à long manche de 5 mètres pour la récolte du gros sel, la lousse plus courte pour la fleur de sel et le râteau à limu permettant d’éliminer les algues. Chaque paludier exploite, en moyenne, 50 à 60 œillets (soit 3 à 4 hectares) et produit entre 60 et 90 tonnes de gros sel pour 2 à 3 tonnes de fleur de sel. Le gros sel est ’ratissé’ sur le fond argileux du marais, naturellement gris, il est riche en magnésium et en oligo-éléments tandis que la fleur de sel, cueillie à la surface, d’un blanc immaculé, est constituée de fins cristaux neigeux.

Cet or ’blanc’ (gwenn en breton, qui par toponymie engendrera Guérande / gwenn rann : pays blanc) a pourtant bien failli disparaître à la fin des années 60 lorsqu’un projet de marina, soutenu par la municipalité bauloise, fût fortement envisagé et que les salines furent convoitées au prix du vrai or… Paradoxalement, ce furent quelques soixante-huitards écolos étrangers à la région, alliés néanmoins à une poignée de paludiers bien décidés à ne pas vendre leurs biens qui initièrent une lutte pour sauvegarder l’identité de ce territoire, créant en 1972, un regroupement de producteurs combatifs qui donnera naissance par la suite à l’actuelle coopérative, née administrativement en 1988. L’obtention du classement du site en 1996 pérennisera enfin la protection de cet espace où le travail peut sereinement reprendre.

Les marais salants de la presqu'île guérandaise © Pascal Xicluna /min.agri.fr
Comme autrefois et encore souvent aujourd’hui, la transmission des œillets s’avère filiale mais depuis 1979 une formation officielle et diplômante a évolué pour devenir à ce jour Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole Option saliculture. Diplôme très prisé, il est délivré chaque année à une dizaine d’apprentis-sauniers (70 candidats pour l’année 2010-2011) par le Centre de formation de la Chambre d’agriculture (La Turballe).Ainsi, 300 paludiers (200 sont membres de la coopérative) cultivant 7600 œillets sur 2000 ha font actuellement vivre les marais et génèrent 16 M€ de chiffre d’affaire en produisant, en moyenne, 9500 tonnes de sel par an.

Traité et ensaché en partie dans les locaux de la coopérative qui compte douze employés, le sel permet également de tisser des liens économiques et humains en fournissant du travail d’ensachage à l’ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) de Léniphen installé depuis 1991 au cœur des marais et de répondre efficacement à des demandes spécifiques (20 à 30 sachets ou boîtes différents). Ronan Loison (directeur des Salines) et Daniel Pinson (directeur de l’ESAT) ont ainsi mis en place une logique de territoire, un partenariat industriel et une économie articulée sur le développement durable qui permet d’employer en permanence 20 personnes handicapées sur les 90 qu’emploie l’ESAT.

Dans ce même esprit, les paludiers de la coopérative ont créé l’ONG Univers-Sel en 1989 pour faire profiter les pays d’Afrique de leur savoir-faire et de leur expertise. Parrainée par Yannick Noah, elle est actuellement très active au Bénin et en Guinée.

La démarche qualité menée pendant plus de vingt ans a été récompensée en 1991 par l’obtention du Label Rouge pour le gros sel et le sel moulu (fin) de la coopérative LES SALINES DE GUERANDE. Il est, à ce jour, le seul sel marin français à se prévaloir du Label Rouge, signe officiel de qualité supérieure, contrôlé par un organisme certificateur indépendant. Par ailleurs, la qualité et la réputation du sel en lien avec son origine historique ont permis l'enregistrement de la dénomination « Sel de Guérande » au niveau européen en tant qu'Indication géographique protégée (IGP) en 2012.

Les marais salants de la presqu'île guérandaise © Pascal Xicluna /min.agri.fr
Les paludiers, depuis quelques années, ont encore élargi leur horizon en développant des activités articulées sur les nouvelles demandes des touristes qui ne veulent plus bronzer idiots et découvrir les particularités authentiques et culturelles des lieux qu’ils ont décidé de ne plus seulement traverser mais de comprendre. De nombreuses visites thématiques adaptées à chaque type de public permettent d’appréhender le territoire sous divers angles : randonnée pour marcheur aguerri, promenade-découverte en famille, observation des oiseaux (plus de 280 espèces d’oiseaux migrateurs trouvent refuge dans les marais), dégustation gastronomique, etc.

Enfin, comme l’indique Ronan Loison : « L’image du sel de Guérande s’est forgée dans le temps, sur la base de partenariats forts et étroits avec les milieux de la gastronomie françaises et de grands grands chefs comme Paul Bocuse, Alain Ducasse, Alain Passard, Joël Robuchon… qui sont devenus nos ambassadeurs. » Difficile de mieux faire dans l’excellence pour valoriser un produit …

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