La noix de Grenoble, un marché porteur
23/09/2013
©Xavier Remongin/Min.agri.fr.
Bénéficiant d’une appellation d’origine contrôlée depuis plus de 70 ans, la noix de Grenoble est « la » référence mondiale en terme de qualité. Sans perdre ce supplément d’âme, les nuciculteurs de la région cherchent aujourd’hui à augmenter la production, dans un contexte de forte demande. Reportage près de Vinay (38), sur les rives de l’Isère.

En ces premiers jours du mois d’octobre, alors que la nature semble peu à peu s’endormir, l’activité redouble dans les vergers de noix. Au volant de leurs « ramasseuses », des engins spécialement conçus par une PME régionale, les producteurs arpentent les parcelles pour récolter les fruits sitôt tombés au sol. Pas de temps à perdre, il faut stocker les noix au sec avant que l’humidité et les parasites ne gâtent la récolte. Franck Michel et son frère Stéphane exploitent 28 hectares de noyers à Cras (Isère) et en ce moment, les journées sont longues. « Nous récoltons en moyenne 45 tonnes de noix sur l’exploitation. Cela représente beaucoup de travail pour obtenir un produit de qualité, mais c’est le prix à payer car on cultive ici la meilleure noix au monde », estime Stéphane.

Cette année, la qualité et le calibre des fruits sont au rendez-vous, même si la récolte semble plus faible qu’attendu. Durant un peu plus de trois semaines, tout le monde est sur le pont. Après la récolte, les noix sont lavées, triées, séchées, calibrées puis expédiées vers les coopératives ou le négoce. Bien souvent, les parents retraités apportent leur aide pour le tri manuel, ainsi que les enfants, les amis, les voisins... La famille est d’autant plus impliquée dans la production de noix qu’un arbre met souvent plus de 15 ans pour atteindre son rendement maximum. « Avec mon frère, nous sommes la cinquième génération de nuciculteurs. Ces noyers que vous voyez ont plus de 40 ans. C’est mon grand-père qui les a semé dans ce champ, puis les jeunes arbres ont été greffés avec la variété Franquette. Aujourd’hui, cette noyeraie est en pleine production », explique Franck Michel.

Un cerneau blanc-ivoire

Produit réputé naturel et bénéfique pour la santé [1], la noix surfe aujourd’hui sur un marché porteur. Près de Grenoble, et dans les autres régions productrices, la forte demande a relancé ces vingt dernières années la plantation de noyers et la production de noix, qui est aujourd’hui largement mécanisée pour réduire les coûts de main d’œuvre. Mais sur l’aire d’appellation de la noix de Grenoble, entre Drôme, Isère et Savoie, on mise toujours sur la qualité et le terroir pour produire une noix haut de gamme, dont la blancheur du cerneau (on parle de couleur ivoire) a fait la réputation.

« Notre AOC date de 1938, c’était une des premières en France pour un fruit, et nous bénéficions depuis 1996 de l’AOP, l’appellation d’origine protégée décernée par l’Union européenne. Cette distinction, nous la devons à la fois au savoir faire des producteurs, au terroir car nous avons des terrains de graviers, très filtrants, idéaux pour le noyer, et au climat dans ces vallées, près de la rivière Isère, avec ce mélange d’ensoleillement et d’humidité qui réussit très bien à cette culture », explique Yves Borel, producteur de noix et président du Comité Interprofessionnel de la Noix de Grenoble (CING), l’interprofession qui intervient également comme organisme de défense et de gestion de l’AOC. La région représente plus de la moitié de la production nationale de noix, et dispose d’une filière bien structurée, avec deux coopératives [2] et plusieurs entreprises locales spécialisées dans le conditionnement et la commercialisation des noix. L’essentiel des ventes se font à l’export, vers l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suisse, même si le marché français représente encore 40% des volumes.

« Pour exister à l’international, il faut faire des volumes »

Pour Catherine Petiet, directrice du CING, l’AOC est un véritable moteur pour les noix de la région : « Dans l’aire géographique de l’appellation, le meilleur de la production est vendu ’en coque’ et ainsi valorisées par l’AOC/AOP noix de Grenoble. Le reste part en cerneaux ou en huile, mais ces produits ne peuvent pas revendiquer l’appellation », explique-t-elle. A coté de cette démarche de qualité, et en réponse à la forte demande sur les marchés européens, certains producteurs plantent actuellement des variétés plus précoces et plus productives comme Lara ou Fernor, qui ne rentrent pas dans le cahier des charges de l’AOC. « Pour exister à l’international, il faut faire du volume. Nous travaillons sur les rendements, mais aussi sur la protection raisonnée, sur le bio... L’objectif étant de produire mieux et de vivre décemment de la noix », précise Jean-Luc Revol, producteur et co-président de la station expérimentale nucicole à Chatte (38).

A l’image de l’interprofession, la plupart des producteurs souhaitent aujourd’hui à la fois valoriser l’AOC et développer la production non AOC pour palier le déficit chronique de noix sur le marché. Une solution médiane pour conserver l’excellence du produit et les savoir-faire tout en gagnant des parts de marché à l’international, comme le résume Yves Borel : « Nous sommes sur une niche porteuse mais il faut continuer à développer l’offre. Rien n’est jamais acquis. »

Pour en savoir plus : www.aoc-noixdegrenoble.com

L’AOC noix de Grenoble en chiffres :

  • Une aire géographique de 7 000 hectares
  • 1 100 producteurs environ
  • 10 132 tonnes produites en 2010 dont près de 80% commercialisées sous l’appellation « noix de Grenoble »
  • 18 entreprises de commercialisation dont 2 coopératives
  • 3 variétés autorisées : Franquette, Mayette et Parisienne

 

 

[1] Il a été prouvé que la consommation régulière de noix participe à la prévention de certains cancers et maladies cardiovasculaires, grâce notamment aux oméga 3, aux oméga 6 et au « bon » choléstérol qu’elles contiennent

[2] dont Copénoix, premier acteur européen sur le marché de la noix

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