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Une journée avec Nathalie Heteau, infirmière à domicile

19/01/2012

Ce sont les anges des campagnes, parcourant inlassablement les routes pour aller porter soin, présence et attention chez tous ceux qui en ont besoin. Prises de sang, piqures, pansements divers et variés, les infirmières à domicile pansent les plaies –et parfois aussi les âmes– des habitants, souvent âgés, des territoires ruraux. Rencontre avec l’une d’entre elles, à une trentaine de kilomètres d’Angers, dans le Maine-et-Loire.

©Pascal.Xicluna/Min.Agri.Fr7h15. Il fait encore nuit, Nathalie sort de chez elle, fraîche, maquillée, pimpante. Moins de 10 minutes plus tard, elle se gare devant la maison du premier patient de la journée. Frappe à la porte, ouvre, lance un joyeux « bonjour, c’est Nathalie ! », et entre. Les gestes s’enchainent, précis, rapides, presque automatiques. Saisir la boite en carton, rangée dans un coin de la pièce, dans laquelle tout le nécessaire —fiche de suivi, seringues, médicaments, etc.— est déjà prêt. Piquer le bout du doigt, vérifier la glycémie sur un petit appareil, préparer la piqûre d’insuline, piquer. Tout noter dans le dossier, signer, ranger le tout, s’éclipser. Monter dans sa voiture, démarrer, boucler sa ceinture, rouler 5 minutes, recommencer. Deuxième patient : prise de sang. Les gestes s’enchainent, tout aussi rapides, elle remonte dans sa voiture, arrive chez son troisième patient, chez qui elle refait un pansement…

Un fragile équilibre

Le rythme est effréné, chaque visite dure en général moins de 4 minutes. C’est ce qu’il faut pour tenir le rythme, boucler la “tournée” dans le temps imparti : moins de 5 heures pour voir 30 personnes, sans compter les kilomètres à faire et la permanence au cabinet. Et pourtant, dans cette course contre la montre qui semble ne jamais devoir s’arrêter, Nathalie trouve le temps pour chacun. Échanger sur les petits riens de la vie comme sur les gros chagrins, « parler du temps et des morts, jamais de politique »… Bien souvent, elle est la seule présence humaine dans les journées pavées de solitude de ces personnes âgées, éloignées de leurs enfants partis à la ville, trop vieilles et fatiguées pour se déplacer et avoir une vie sociale. « Je suis comme un rayon de soleil pour eux », estime-t-elle, « je dois leur donner de l’énergie, les secouer. » Elle accepte un café de temps en temps, connaît leurs histoires. « Au début, j’avais du mal à entrer chez les gens, pénétrer leur intimité, et puis je ne savais pas non plus comment partir, mettre un terme à la conversation. Maintenant ça va, il m’arrive même de quitter la maison quand ils sont encore en train de parler ! »

Ce fragile équilibre entre l’investissement dans la vie de ses patients et la protection de la sienne, Nathalie l’a trouvé au fil des ans, avec l’expérience, et en suivant quelques formations —“gérer son stress”, “organiser son temps”, “savoir dire non”… Au final, le plus dur, « c’est d’être seule toute la journée. Heureusement qu’il y a la radio, car je crois que je passe plus de temps dans ma voiture que chez mes clients »… En ce moment, c’est Europe 1 —et son chouchou Bruce Toussaint— qui lui tiennent compagnie. Il y a aussi sa précieuse associée, Élodie, avec qui elle partage sa clientèle et la gestion du cabinet. Elles se voient peu —seulement pour les “trans”, comprenez les transmissions d’informations— mais ont une confiance absolue l’une en l’autre, depuis ce jour de 2007 où, en guise d’entretien professionnel, elles se sont mises à écosser les haricots ensemble.

©Pascal.Xicluna/Min.Agri.Fr

Son métier est, pour elle, une véritable vocation, de celles qui naissent à 10 ans et ne vous quittent jamais. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle l’a choisi, elle dit qu’elle aime prendre soin des gens, qu’elle se sent utile et que de toutes façons elle ne saurait pas quoi faire d’autre… Alors malgré le rythme, la solitude et la compta qui lui prend un temps fou, pas un instant Nathalie ne regrette sa vie d’avant, quand elle travaillait aux urgences puis en cardiopathies au CHU de Poitiers. Elle se sent libre, organise son temps de travail en fonction de ses priorités, n’hésite pas à prendre une remplaçante lorsque cela s’avère nécessaire. « Certaines infirmières libérales travaillent beaucoup plus que nous, voient jusqu’à 40 patients en une tournée, et gagnent donc beaucoup plus. Mais pour nous le plus important c’est nos vies », expliquent en chœur les deux associées.
Nathalie englobe de ses bras le paysage, où les vignes s’étendent à perte de vue, et s’exclame en souriant : « c’est mon environnement de travail, c’est pas mal non ? » Inlassablement, elle continue à apporter soin, écoute et bonne humeur dans les villages de son secteur. Et pour la suite ? « Je me vois tenir ce rythme pendant 10 ou 15 ans, après, je voudrais être dans quelque chose de plus posé, infirmière scolaire par exemple. » Mais changer de métier, jamais. « J’ai réfléchi longtemps, et ai découvert récemment que le mot “infirmière” peut aussi s’écrire “infirme hier”. Je ne sais pas encore exactement pourquoi j’étais infirme, mais j’aime bien cette expression… »

Consulter la galerie photo (©Pascal.Xicluna/Min.Agri.Fr)

Données express : on compte en France

  • 515 700 infirmières diplomées d’État
  • 100 800 médecins généralistes
  • 106 650 médecins spécialistes
  • 125 Pôles d’excellence rurale labellisés dans le domaine de la santé et de l’action sociale

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