
- L’agroforesterie fait l’objet d’études poussées pour trouver l’équilibre parfait entre arbres et cultures
- Plantation de noyers dans une parcelle de sorgho et d’avoine sur le domaine de la Restinclière (Hérault), l’un des plus grands centre expérimental consacré à l’agroforesterie. ©P. Xicluna/min.agri.fr
« Ensemble on est plus fort » : c’est ainsi qu’à la suite de Giustino Mezzalira, directeur de la recherche et de la gestion agroforestière de Veneto Agricoltura (agence régionale vénitienne pour le secteur agricole, forestier et agro-alimentaire), on peut décrire les avantages de l’agroforesterie, système qui consiste à mettre des arbres dans les parcelles cultivées ou pâturées. Mais cette formule illustre aussi parfaitement l’enjeu de la première rencontre européenne d’agroforesterie, qui a eu lieu à l’initiative de l’association française d’agroforesterie (AFAF) vendredi 16 décembre au ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire.
Il s’agissait pour tous les acteurs européens convaincus de l’utilité de l’agroforesterie de s’unir dans une association européenne de l’agroforesterie, démarche saluée par le représentant du ministre, Éric Giry, en début de journée. Ils seront ainsi plus à même de promouvoir ce système et de porter leurs propositions à Bruxelles alors que la Commission européenne a présenté le 12 octobre 2011 ses propres propositions pour la politique agricole commune d’après 2013.
Des arbres dans les champs : une idée ancienne qui répond aux enjeux actuels

- Sylvopastoralisme dans le Gers
- Le sylvopastoralisme est l’une des formes les plus anciennes d’agroforesterie. ©P. Xicluna / min.agri.fr
Faire de l’agroforesterie, c’est redonner une place à l’arbre comme étant une composante du système de production agricole, au même titre que les cultures ou les animaux. « Redonner » et non pas « donner », car cultures et arbres vivaient en bonne intelligence jusqu’au milieu du xxe siècle, avant l’avènement de l’agriculture industrielle et de la spécialisation des régions et des exploitations agricoles.
Pourquoi réintroduire ces pratiques traditionnelles ? Pas par nostalgie mais par pragmatisme. Les enjeux auxquels l’agriculture est confrontée aujourd’hui sont multiples (sécurité alimentaire, conséquences du changement climatique, diminution des énergies fossiles, demande croissante de protection de l’environnement, souci de la biodiversité et de la qualité de l’eau, lutte contre la banalisation des paysages….). L’arbre produit et protège en même temps, et peut donc se révéler très utile pour répondre à ces enjeux. En stimulant la microfaune et la microflore des sols, en récupérant une partie des fertilisants par ses racines profondes, en fixant le carbone, l’arbre participe à la protection de l’environnement. Venu témoigner de son expérience, Stephen Briggs, agriculteur britannique, parle par exemple de ses arbres comme de « coupe-vents qui peuvent être consommés », atout non négligeable dans une région au paysage plat où le sol a tendance à s’éroder.
Cela ne veut pas dire qu’il faut choisir de protéger l’environnement au détriment du rendement agricole. Les expérimentations conduites depuis les années 1990 tendent à montrer que produire en alliant arbres et cultures peut faire gagner en productivité. Selon Christian Dupraz, chercheur à l’INRA, un hectare agroforestier (par exemple : peupliers + blé), aurait une productivité équivalente à une parcelle d’1,36 hectare où l’on cultiverait bois et céréales séparément. En effet, les cultures et l’arbre n’entrent pas en compétition mais au contraire utilisent les ressources naturelles de manière complémentaire. Grâce à la richesse des sols agricoles, les arbres agroforestiers poussent aussi plus vite que les arbres forestiers.
Faire évoluer les pratiques et les règlements sur l’agroforesterie
Aujourd’hui, il y aurait un peu moins de 170 000 hectares agroforestiers en France. Cela fait plusieurs générations que l’on apprend aux agriculteurs à cultiver sans arbres : la technique traditionnelle s’est perdue. Pour faire avancer les choses, selon Fabien Liagre, responsable recherche et développement du bureau d’étude Agroof, et Alain Canet, président de l’AFAF, il faut que chacun « se décompacte l’esprit », ce qui permettra de « voir l’arbre non pas comme un intrus mais comme un intrant, qui peut rendre bien des services ».
Si le mélange arbre-culture semble prometteur, Christian Dupraz a reconnu très humblement la nécessité de confirmer nombre de données par des recherches approfondies, dans une démarche participative avec les agriculteurs, car, finalement, « nous ne savons pas grand chose ».
Paul Burgess, de l’université de Cranfield en Grande-Bretagne, s’est demandé si le manque d’attrait pour l’agroforesterie n’était pas aussi partiellement dû à la réglementation européenne elle-même. Pendant longtemps, pour recevoir des aides au titre de la politique agricole commune, mieux valait ne pas avoir d’arbres sur ses parcelles, ce qui a pu pousser des agriculteurs à couper leurs arbres. Les règlements et les pratiques ont évolué récemment vers une tolérance plus grande de la présence de l’arbre dans les champs. Le règlement européen du développement rural 2007-2012 a même inclus une mesure promouvant l’agroforesterie, que chaque pays pouvait décider d’activer ou non. Eric Giry a précisé que plus de la moitié des régions françaises l’auraient activée fin 2011.
Au sein de l’association européenne d’agroforesterie, les acteurs agroforestiers espèrent convaincre les institutions européennes de donner une définition large à l’agroforesterie, en y incluant notamment les haies, et de confirmer que la présence de l’arbre dans les champs est aujourd’hui reconnue et même souhaitée.
Voir aussi
Agroforesterie
07/11/2011
Être agroforestier, c’est associer des arbres espacés aux cultures dans des parcelles agricoles ou implanter des cultures dans des parcelles boisées éclaircies
Ressources externes :
- Le site de l’association française d’agroforesterie : http://www.agroforesterie.fr/
- Sur le site de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) Montpellier, un article de Christian Dupraz et Alain Capillon, intitulé « Agroforesterie, une voie de diversification écologique de l’agriculture européenne ? »




