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Pôles d’excellence rurale : De nouvelles dynamiques territoriales

19/01/2012

Fin 2005, l’État a lancé le dispositif des “pôles d’excellence rurale” (PER) afin de donner un élan significatif aux projets émanant des territoires ruraux. Reportages dans le Cher et sur le Territoire de Belfort.

« Développer des réseaux au sein d’un territoire comme entre les territoires »


Savoir-faire et innovation : la Cité de l’or et des métiers d’art

©Cité de l'or de Saint-Amand-Montrond

Saint-Amand-Montrond dispose d’une vraie richesse locale : le savoir-faire de ses artisans. Le pôle d’excellence rurale a permis d’accélérer un certain nombre de projets et de créer des emplois rapidement.

En 1888, Auguste et Charles Moricault cherchent un endroit tranquille et sûr pour installer leur affaire. Ils sont bijoutiers et dans leur métier on aime la discrétion. Leurs pas s’arrêtent à Saint-Amand-Montrond, petite ville du Cher. La bourgade n’est pas connue, il y a de la main-d’œuvre, une ligne de chemin de fer reliée à Paris et les berrichons ont coutume de ne pas être très bavards. Trois mois plus tard, ouvre le premier atelier de bijouterie de la ville. Les artisans sont formés, puis essaiment dans tout le canton.
Dès lors, la fréquentation de la gare de Saint-Amand change de style. Au train du matin, les artisans viennent récupérer l’or, les dessins et les commandes qu’ils exécutent, à façon, dans les ateliers de la ville. Au train du soir, ils ramènent dans leur besace les produits finis, les colliers montés, les chaînes assemblées ou les pierres enchâssées. Ce manège ne s’est jamais arrêté et Saint-Amand-Montrond est devenue, année après année, la 3e place pour le travail de l’or en France, après Paris et Lyon.

120 ans plus tard, le trésor de Saint-Amand-Montrond, c’est désormais son savoir-faire et sa main-d’œuvre locale. Certes, les tours de main se sont transmis de génération en génération, mais la ville a su aussi attirer de nouveaux talents et se diversifier. Si l’or coule encore, c’est tout un artisanat et même une industrie qui s’est développée autour des métiers d’art destinés aux marchés du luxe : maroquinerie, travail des métaux, de la pierre, du bois, du verre, de la céramique et même de la haute-couture. Inutile de froisser la pudeur berrichonne en citant des marques, mais les grandes enseignes de la place Vendôme, de l’avenue Montaigne ou du Faubourg Saint-Honoré ont quelques commandes en cours à Saint-Amand-Montrond.

La sous-préfecture du Cher ne compte pas laisser filer la poule aux œufs d’or et elle investit depuis des années pour préparer l’avenir. Le lycée Jean Guehenno est réputé pour être l’un des meilleurs établissements de formation aux métiers du bijou et du joyau. En l’an 2000, la pyramide de la "Cité de l’or" a ouvert ses portes. Cette cité des métiers d’art, navire amiral de toute la filière qu’elle anime et contribue à structurer, joue également le rôle de vitrine, de centre d’accueil et de pépinière de jeunes talents.
En 2011 enfin, le pôle d’excellence rural des métiers d’art de la communauté de communes de Saint-Amand-Montrond (PER "Cœur de France") a été labellisé par la Datar avec, à la clé, un million d’euros de subventions. « Grâce à ce PER, nous avons modernisé 16 entreprises et créé 37 emplois non délocalisables en moins d’une année », précise Thierry Vincon, maire de Saint-Amand et artisan du projet.

Industrie lourde en milieu rural Les Forges de Grandvillars

Au cœur du Territoire de Belfort, en plein territoire rural, se dressent les forges de Grandvillars : le plus vieux site industriel de France qui abrite encore deux grandes entreprises de l’industrie lourde. La communauté de communes du sud territoire a décidé d’acquérir l’ensemble du site et de le réhabiliter avec le concours de l’État qui a labellisé le projet en pôle d’excellence rurale.

©Xavier.Remongin/Min.Agri.FrComme dans un décor de film, on pénètre à l’intérieur de grandes bâtisses industrielles du 19e siècle. On imagine des hommes en train de souder, pousser de lourdes charges de métaux sur des chariots… Depuis, les techniques ont évolué mais les entreprises de la révolution industrielle sont toujours là, et le site des forges de Grandvillars demeure un vivier d’emplois important. Les deux entreprises, Lisi Automotive — un fournisseur majeur de PSA Peugeot Citroën — et Selectarc FSH — fabricant d’électrodes de soudures — comptaient 170 salariés en 2009. Des emplois que menaçait la crise économique. "Si nous ne faisions rien, d’ici cinq ans, le site aurait fermé", explique Christian Rayot, président de la communauté de communes du sud territoire (CCST), qui compte 18 communes et 20 300 habitants. "Pour garder notre dynamique de territoire, nous devons faire très attention au maintien d’une activité industrielle forte, en dépit de la concurrence étrangère. Les familles des industriels du 19e siècle vivent toujours ici et sont très attachés à ce territoire. C’était vraiment important de conserver ce site ! "

Labellisé pôle d’excellence rurale le 25 août 2011, avec une dotation de 1,5 million d’euros, le site devrait comptabiliser près de 400 emplois techniques et tertiaires d’ici quelques années. Un enjeu de taille qui impose une modernisation du site historique tout en conservant un savoir-faire industriel vieux de près de 200 ans. Afin de dynamiser le projet, la région Franche-Comté, le conseil général du Territoire de Belfort et la communauté de communes porteuse du projet se sont engagés financièrement. Les bâtiments ont été rachetés aux familles actionnaires et sont désormais loués aux industriels. Un partenariat audacieux entre collectivités locales et entreprises basé sur la confiance : « Nous avons engagé un renouveau complet du site, mais nous essayons de perturber le moins possible la production  », continue Christian Rayot. Ce projet de restructuration prévoit également de réaménager une partie du site pour en faire un lieu de détente et de promenade pour les habitants. Les forges de Grandvillars ne sont pas prêtes de s’arrêter.

Données express

Depuis 2005, l’État a permis la création de :

  • 379 PER (1ère génération)
  • 263 PER (2ème génération) avec respectivement 235 et 237,7 millions d’euros de subventions d’État et communautaires.
    Chaque PER est suivi est évalué. Les PER ont pour objectif de :
  • développer les activités économiques et valoriser les atouts des territoires ruraux,
  • faciliter la vie quotidienne des populations rurales,
  • organiser et animer les territoires afin d’assurer la complémentarité des espaces.