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Téléréalité rurale, agri-dating... L’amour est dans le pré !

17/01/2012


A l’occasion du lancement de la 7ème saison de l’émission « L’amour est dans le pré  », le célibat du monde agricole revient sur le devant de la scène. Succès fou des télé-réalités à la campagne, emballement médiatique autour d’un Agri-dating dans l’Aveyron, multiplication des sites de rencontres dédiés aux agriculteurs… Pourquoi un tel engouement ? Les agriculteurs sont-ils vraiment plus célibataires que les autres ?

Largement entretenue, l’image de l’agriculteur, les pieds dans la boue toute la journée, éternel célibataire éloigné de toute vie sociale, est coriace. Alors les agriculteurs, tous vieux garçons ? Loin s’en faut ! Les chiffres varient d’une étude à l’autre, mais globalement, statisticiens et sociologues s’accordent pour dire que le taux de célibat parmi les exploitants agricoles est sensiblement le même que celui constaté dans les milieux urbains. Certes, ce taux augmente parmi les jeunes agriculteurs. ©vachement.fr« Mais, analyse Christophe Giraud, sociologue spécialiste du couple à l’université Paris-Descartes, ce constat vaut pour l’ensemble de la population française. Les jeunes mettent plus de temps pour trouver un conjoint, expérimentent, cherchent… J’ai le sentiment que les jeunes agriculteurs sont des jeunes comme les autres, et que la formation des couples suit les mêmes tendances que dans le reste de la société. Le taux de célibat définitif des agriculteurs, analysé chez les 40-49 ans, a d’ailleurs tendance à diminuer. »

Jeunes agriculteurs, jeunes urbains, même combat !


©Aurélie Fayel

Cette tendance générale cache cependant de réelles disparités. Entre les hommes et les femmes déjà : 26 % des agriculteurs sont célibataires, contre seulement 10 % des agricultrices. Entre les catégories d’agriculteurs aussi : si les céréaliers sont plutôt chanceux en amour, ce n’est pas le cas des éleveurs, qui sont nombreux à être seuls. « Ce n’est d’ailleurs pas anodin que l’Agri-dating ait été organisé dans l’Aveyron, terre d’élevage par excellence », note Christophe Giraud.

Difficultés pour se rencontrer, mais aussi pour rester ensemble : les femmes n’ont plus envie de travailler aux côtés de leur conjoint dans la ferme, elles veulent être indépendantes, avoir leur propre travail, en dehors de l’exploitation… et sont donc aujourd’hui moins enclines à supporter les aléas de la vie d’un éleveur. « En tant que conjointe d’agriculteur, il faut être prêt à accepter l’imprévu », explique Jean-Claude, éleveur en Haute-Normandie et participant à l’émission “l’Amour est dans le pré”, « quand une vache doit vêler, c’est à n’importe quelle heure, et ça peut créer des discordes dans le couple. »

"Les jeunes agriculteurs sont des jeunes comme les autres"

Au cours de la 6ème saison, Jean-Claude a rencontré Maud ©Cyril Plotnikoff/M6Jean-Claude sait de quoi il parle, il a déjà rompu pour ce type de raisons. Heureusement, Maud, sa conjointe rencontrée grâce à l’émission, « rêve de faire un vêlage », et paraît prête à accepter la vie à la ferme. Bruno Montourcy, le président des Jeunes agriculteurs (JA) de l’Aveyron à l’origine de l’Agri-dating, voit également une différence de nature entre célibat urbain et célibat agricole : « dans les campagnes, c’est plus un célibat d’isolement. Les agriculteurs sont souvent timides, n’osent pas trop parler d’eux. En ville, il existe de nombreuses possibilités de rencontres pour les gens timides. À la campagne, beaucoup moins… »

En cause également, les a priori sur le monde agricole qui ont parfois la vie dure. « Quand j’allais en discothèque, je cachais que j’étais agriculteur, car les femmes n’aiment pas ça », raconte Didier, participant de l’émission “l’Amour est dans le pré”, « mais on ne sent pas la bouse ! », rappelle-t-il, un peu désabusé. Bruno Montourcy partage cette analyse : « j’ai décidé d’organiser l’Agri-dating pour parler de ce sujet encore largement tabou, et lever les préjugés qui pèsent sur l’agriculteur en tant que personne. Il est vu comme quelqu’un qui travaille tout le temps, ne gagne pas d’argent, ne se lave pas, et ne prend jamais de vacances. »
Les mots sont forts, on peine à comprendre… La patronne d’une agence matrimoniale confirme : « les agriculteurs, j’en veux plus ! Même des céréaliers qui gagnent bien leur vie, vivent en dehors de l’exploitation et font des semaines de 35 heures, les femmes ne veulent pas les rencontrer ! »

Et Bruno Montourcy de conclure, « on doit continuer à travailler sur l’image. » Montrer que les agriculteurs sont des hommes comme les autres, modernes, inscrits dans leur époque, qu’ils peuvent être férus de nouvelles technologies ou aimer cuisiner… Le travail est amorcé, à la profession maintenant de s’en emparer et de véhiculer des images plus positives et surtout plus proches de la réalité.


©L'amour est dans le pré / M6
Joseph et Remi, participants de la 7ème saison de l'émission "L'amour est dans le pré" ©Julien Knaub / M6Retrouvez Jeanne, Thierry, Bertrand, Pierre, Philippe, Jo, Remi et les autres candidats dans la 7ème saison de « L’amour est dans le pré », sur M6.

Retrouvez dans le magazine Alimagri n°1550 d’octobre-novembre-décembre 2011 notre dossier : Vivre à la campagne

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