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L’agriculture familiale, à l’échelle humaine

27/02/2014

Retour sur les opinions échangées lors de la première table ronde

Le salon de l’Agriculture 2014 met l’accent sur l’agriculture familiale à travers une série de conférences. Derrière les apparences, difficile de privilégier un seul mode de développement. La notion de famille ne recouvre pas la même réalité.

Un constat partagé à travers le monde et consigné dans le rapport de la Banque mondiale de 2008 : la population croît, mais l’intérêt de vivre et de créer son activité en zone rurale diminue. Selon le chercheur Bruno Losch, du Cirad, il y aura 2 milliards d’individus en plus d’ici 2050 et rien qu’en Afrique c’est 330 000 jeunes qui vont arriver sur le marché du travail. L’Afrique restera d’ailleurs un continent rural au moins jusqu’en 2030. On pourra toujours développer des circuits de production de masse, ils ne pourront entièrement pallier une demande de proximité qui permet à des structures familiales de subsister grâce à leurs productions. Au Brésil, au cours des 10 dernières années, 2 millions de personnes ont quitté la campagne dont la moitié était des jeunes, car les pouvoirs publics ont trop longtemps négligé de considérer l’activité comme importante pour l’avenir. 70 % des produits consommés au Brésil sont pourtant issus de cette agriculture dite familiale.

Ce sont les jeunes qu’il s’agit d’attirer vers les métiers de l’agriculture et les terres disponibles qu’il faut sauvegarder. Au Cameroun, c’est d’abord en montrant que l’activité est rentable que les jeunes ont envie de se lancer, en combattant les préjugés d’une agriculture traditionnelle qui dissuade les vocations, comme le souligne Pierre-Blaise Ango coordinateur national du programme AFOP au Cameroun. Sur un continent comme l’Afrique où les revenus par an et par personne ne dépassent pas 1 euro, on comprend aisément pourquoi la priorité affichée par les habitants « n’est pas la lutte contre la désertification rurale qui ne peut apparaître comme un objectif en soi, mais en priorité la rentabilité de son activité qui importe ».

Quant au rapport au foncier, les nuances sont également réelles. Si les terres disponibles se raréfient en Afrique et plus particulièrement sur une île comme Madagascar où en raison de la démographie, on est passé de 2 hectares à moins d’un par habitant, il est important de ne pas céder les arpents les plus rentables à des spéculateurs étrangers ou des entreprises qui se soucient peu du développement local. En France, la tradition valorisée par Gambetta, qui incitait les paysans à acquérir leur terre, pour faire d’eux des citoyens de la République, a cédé la place à la nécessité de se réinterroger sur la nécessité d’être encore propriétaire foncier, comme le souligne Bertand Hervieu. Emilien Piroux, producteur français installé en Haute-Loire dans le bio, avoue bien volontiers qu’il aurait du investir le double d’argent s’il avait cédé à cette tentation. Rien de tel pour Franscesco Auri Alves du Brésil pour qui l’accès au foncier est incontournable.

Comme on le voit, quels que soient les modes de développement il est plus que jamais nécessaire que partout à travers la planète on s’interroge sur cette agriculture familiale, qui sans apparaître comme la solution miracle a moins deux vertus : celle de respecter l’individu et de préserver son environnement immédiat.