A l’occasion du salon SPACE - Planète élevage qui se déroule du 13 au 16 septembre 2011 au Parc des expositions de Rennes, Louis Biannic, Directeur Régional de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Bretagne, revient sur les résultats du recensement agricole et sur les perspectives du secteur agricole et agroalimentaire dans la région.
Interview

La presse s’est largement fait l’écho des résultats du recensement agricole national, avec les profondes évolutions qui touchent le monde agricole. A l’échelle de la région, quelle est votre analyse de ces chiffres ?
Louis Biannic :
Ce recensement agricole a d’abord été une très importante opération pour l’équipe du service statistiques de la DRAAF Bretagne auquel il faut associer les 180 enquêteurs mobilisés pour recenser les 34 500 exploitations agricoles de la région. J’adresse mes remerciements à tous les opérateurs et aux exploitants pour la qualité de leur accueil.
Concernant les résultats, il ressort que l’agriculture de Bretagne se positionne au 1er rang des régions agricoles pour la valeur de la production brute nationale : ces 12% sont réalisés par 8% des actifs agricoles nationaux sur 6% de la surface agricole utile. On trouve en Bretagne 21% des cheptels nationaux, 20% du lait, 55% des porcs, 26% des volailles de chair, 41% des poules pondeuses... mais aussi 23% des productions maraîchères, qu’il s’agisse de légumes de plein champ, de légumes industriels ou de production sous serre (tomates, …).
La Bretagne, c’est aussi 1 400 exploitations bio, un chiffre qui a doublé en dix ans. Par ailleurs, une exploitation sur dix écoule tout ou partie de sa production en circuit court.
L’agriculture bretonne est ainsi bien plus diversifiée, en termes de systèmes de production… et aussi de pratiques agricoles que l’image trop classiquement véhiculée.
Pour ce faire, nous valoriserons au maximum ce recensement 2010 en combinant approches thématiques et territoriales pour illustrer cette adaptation en marche rapide de l’agriculture bretonne… et ajuster la feuille de route et les priorités d’actions de la politique de l’Etat en région Bretagne (cf. PAAR ci-dessous).
A titre d’exemple, on peut déjà citer la question foncière qui constitue une véritable préoccupation partagée. La région a perdu 60 000 hectares de terres agricoles en 10 ans ce qui représente l’équivalent de la surface d’environ une commune par département et par an.
Un plan agricole et agroalimentaire régional a été validé fin 2010. Pouvez-vous nous présenter ses principaux axes et quelques-unes des mesures concrètes qui seront mises en œuvre ?
Louis Biannic :
C’est le Préfet de région, Michel Cadot, qui a pris l’initiative de ce plan fin 2009, dans un contexte de crise des principales filières d’élevage, lait, porc notamment et de tensions fortes sur les dossiers environnementaux.
Ce projet s’est construit sur l’ensemble de l’année 2010, en 2 étapes principales :
- Un diagnostic partagé, élaboré par un groupe d’experts piloté conjointement par la DRAAF avec le précieux concours de Jean-Louis Porry du CGAAER, validé au printemps 2010 en conférence régionale élargie qui a associé 150 représentants régionaux, au cours de laquelle ont été lancés 6 groupes thématiques de travail (20 à 30 personnes par groupe),
- Un plan d’actions construit à partir des propositions des différents groupes, validé le 20 décembre 2010 en conférence régionale qui a rassemblé l’ensemble des forces vives de la région : 250 représentants environ, élus territoriaux, représentants agricoles, associations et services.
Fin 2011, nous ferons un point d’étape consacré à l’avancement de ce PAAR sous le pilotage du Préfet de Région, auquel s’associe le Conseil Régional.
Malgré les moyens financiers limités, ce PAAR vise à donner du sens à l’action publique, en utilisant toutes les marges de manœuvre possibles, en jouant collectif sur cette stratégie partagée.
Ce plan comprend 4 axes, chacun étant décliné en actions concrètes :
- Le premier axe vise à inscrire l’agriculture dans les grands enjeux de société. A titre d’exemple deux mesures : l’une qui vise à réduire d’un tiers en cinq ans l’artificialisation des terres agricoles, et la seconde à renforcer la contribution de l’agriculture bretonne à l’effort énergétique, en encourageant la méthanisation des effluents d’élevage, en soutenant les démarches d’économies d’énergie dans le cadre du plan de performances énergétiques.
- Le deuxième axe du PAAR [1] traite de la compétitivité du secteur agricole et forestier. Le diagnostic régional a mis en exergue des écarts grandissants entre les exploitations performantes et celles qui se trouvent dans une impasse technique, économique et financière.
3 exemples de missions :
1) L’accompagnement des éleveurs en détresse financière,
2) Les « diagnostics actions » pour la nécessaire adaptation des systèmes de production,
3) Ou encore la modernisation des bâtiments hors sol en combinant exigences de compétitivité, de mise aux normes bien-être, d’économie d’énergie et des conditions de travail.
- Le troisième axe vise à augmenter la valeur ajoutée dans les filières agricoles et agroalimentaires en Bretagne, en renforçant la structuration des industries agroalimentaires, en encourageant la recherche et l’innovation et en soutenant les filières de qualité, l’agriculture biologique, …
- Enfin, l’axe 4 du plan devra permettre de mobiliser l’ensemble des acteurs professionnels , collectivités territoriales, associations et services de l’Etat pour réussir l’adaptation du secteur agricole et agroalimentaire. Un seul exemple, ce sont les stages de deux semaines organisés au bénéfice des agents de l’Etat en entreprises, hors de leur périmètre de mission dans l’objectif d’une meilleure connaissance réciproque des acteurs et des process.
Les questions environnementales – et notamment d’algues vertes - sont un enjeu central dans la région. Vendredi 9 septembre, une convention a été signée entre les agriculteurs et les collectivités locales pour réduire les rejets azotés dans la baie de Lannion (Côtes-d’Armor), pouvez-vous nous en dire plus ?
Louis Biannic :
Ce plan gouvernemental algues vertes décidé en février 2010 mobilise 134 millions d’euros sur cinq ans. Il comporte 2 volets, le curatif à court terme (ramassage des algues) et le préventif qui s’inscrit dans une action de moyen-long terme.
Le 9 septembre, a été signé le premier projet de territoire de la Baie de Lannion, porté par les Collectivités Territoriales et validé par l’Etat, la Région, le Département et l’Agence de l’Eau, après avis du Comité Scientifique.
Chacun des huit territoires concernés s’inscrit dans cette même démarche, avec des objectifs adaptés à chaque périmètre.
Sur Lannion, le projet vise une réduction de 30% des flux d’azote d’ici 2015 par une série d’actions mises en œuvre : adaptation des exploitations à plus d’agronomie, conversions à l’agriculture biologique, méthanisation, restauration du bocage, des zones humides, …
Vous avez été très présent au Space, qui ferme ses portes vendredi 16 septembre. Que retenez-vous de cette édition 2011 ?
Louis Biannic :
Le Space, c’est un moment et un lieu absolument incontournable, aujourd’hui, dans l’Ouest. J’ai été frappé cette année par « l’ambiance volontaire » du secteur agricole, le dynamisme des responsables agricoles, agroalimentaires et des visiteurs, la présence accrue des visiteurs étrangers et le grand nombre de jeunes, ce qui se retrouve aujourd’hui dans l’appareil de formation agricole donc les effectifs augmentent (+ 4.2%) sur cette rentrée 2011. Enfin, je repars convaincu qu’il y a une ambition collective, partagée sur les enjeux de l’agriculture, qui avec l’agroalimentaire, restent le socle de notre économie territoriale en Bretagne.

