Accueil > Magazine > Dossiers > Vivre à la campagne > Industries agroalimentaires : S’organiser pour créer des emplois

DossierVivre à la campagne

Industries agroalimentaires : S’organiser pour créer des emplois

19/01/2012

Préparation de salades en été, découpe de saumon fumé en hiver… dans l’agroalimentaire, le besoin de main d’œuvre est très variable selon les saisons. À Quimper (Finistère), le groupement d’employeurs Cornoualia permet aux entreprises de pallier leurs besoins saisonniers en personnel tout en assurant aux salariés un emploi sur l’année. Reportage.

Hélène Desjardins, jeune ingénieure, partage son temps de travail entre deux entreprises, avec deux missions différentes : responsable adjointe d'expédition chez Bonduelle et chef d'atelier tranchage chez Meralliance. ©Cheick.Saidou/Min.Agri.FrHélène Desjardins a tout de la jeune diplômée. Motivée dans son travail, avide de connaissances et prête à bouger. Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur en 2010, la jeune femme de 26 ans, n’avait pas envie de « s’enfermer » dans un métier. La solution ? Être salarié d’un groupement d’employeurs. Maryse Le Maux, directrice du groupement Cornoualia explique : « notre objectif est d’apporter de la flexibilité aux entreprises mais sans aucune précarité pour les salariés. » Ainsi, Hélène partage son temps entre deux sociétés : d’octobre à mars, elle travaille comme chef d’atelier tranchage chez Meralliance, une industrie agroalimentaire de saumon fumé, dont l’activité est très forte en fin d’année. Les autres mois, elle est responsable adjointe d’expédition chez Bonduelle qui produit beaucoup de salades (carottes râpées, piémontaises…) pendant l’été.

Les plannings permettent facilement aux deux entreprises de partager un salarié. Pour Marie-Christine Mestre, responsable des ressources humaines chez Bonduelle, le groupement ne présente que des atouts : « Cornoualia nous assure une stabilisation des effectifs et une fidélisation du personnel. »

C’est aussi l’occasion, pour les entreprises, de s’offrir les compétences d’un personnel qualifié en limitant les coûts. L’avantage pour la jeune femme est d’avoir deux emplois stables successifs dans le secteur d’activité qui lui convient. « Changer tous les six mois sans se soucier de son contrat de travail, c’est vraiment dynamisant. Je peux voir les différentes facettes de mon métier, et je ne suis pas du tout dans une situation précaire », s’enthousiasme Hélène.

Changer de casquette, tous les 6 mois...

©Cheick.Saidou/Min.Agri.Fr« Le groupement est accessible à tous les niveaux d’études, et chaque salarié est un cas d’espèces. On fait de la haute-couture de l’emploi, pas du prêt à porter », ajoute Maryse Le Maux. Pour les postes de production (cariste, conducteur de ligne, technicien de maintenance, ingénieur…) –60 % des salariés de Cornoualia– le contrat de travail établit le plus souvent souvent une présence de plusieurs mois sur un même site. Pour les emplois plus administratifs (comptable, secrétaire, informaticien, responsable des ressources humaines…), l’alternance se fait chaque semaine.

 

Aujourd’hui, Hélène a revêtu sa tenue de responsable adjointe d’expédition chez Bonduelle. Polaire, chaussures de sécurité et parka de rigueur. Elle travaille dans des entrepôts où il fait 4 degrés. « Je dois diriger une équipe de 30 personnes et m’assurer que tout soit expédié. Au départ, j’ai eu un peu peur mais on m’a formée sur tous les postes et maintenant tout le monde me connaît », raconte-t-elle. Au quotidien, être un salarié de Bonduelle ou de Cornoualia ne fait aucune différence. C’est le sentiment d’équipe et la culture d’entreprise qui l’emportent. Pendant les 6 mois d’hiver, où elle travaille pour Meralliance, Hélène endosse une autre tenue et de nouvelles responsabilités : les bottes aux pieds, charlotte et masque sur la tête, elle supervise l’atelier de tranchage. C’est l’étape où le poisson déjà fumé est découpé avant d’être emballé. Ici aussi elle connaît tous les employés, certains sont mêmes devenus des amis. « Pendant les périodes des fêtes, la cadence est serrée. Je dois m’assurer que tout se passe bien au niveau de l’hygiène, de la production et de la rentabilité. Pendant les quelques mois où je suis là, mon travail est indispensable », indique la jeune femme.

Maryse le Maux fait le point avec le directeur des ressources humaines (DRH) et le salarié à chaque fin de période dans une entreprise. Un suivi qui permet de répondre aux questions des deux parties et inscrit la collaboration dans la durée. « C’est un enrichissement d’avoir des salariés qui travaillent dans deux structures, constate Sandra Pellerin, DRH de Meralliance. Ils apportent des méthodes de travail différentes, et ils souffrent moins de la routine ! » « Cette période est bénéfique pour mes emplois futurs, assure Hélène. Le rythme est soutenu mais au moins je vais au bout des choses car, quand on alterne, il faut à chaque fois donner le meilleur de soi-même ! »

Un groupement d’employeurs, c’est quoi ?

C’est une structure sous forme associative ou coopérative qui permet à plusieurs entreprises ou exploitations agricoles de se regrouper pour employer un salarié. Ce dernier dispose ainsi d’un emploi à temps complet réparti sur les différentes entreprises. Le groupement d’employeurs organise les plannings de travail et assure la gestion du personnel. Autre avantage : cette forme d’organisation permet de fixer un salarié sur un territoire, souvent rural, grâce aux emplois stables qui lui sont proposés. Il existe trois types de groupements d’employeurs : agricoles, classiques ou pour l’insertion et la qualification.