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Le groupe de réflexion multi-acteurs du Partenariat français pour l’eau a accompagné la réflexion internationale et documenté 40 exemples de solutions ciblés sur l’eau en tant que « ressource » de la production et sur 7 grandes priorités d’action.
- Accroître l’efficience des systèmes irrigués. Les solutions sont à la fois agronomiques (ex : pilotage fin de l’irrigation, nouvelles variétés de riz pour l’Afrique, nouveaux systèmes de riziculture intensive -SRI- avec assecs et sarclages réguliers pour la petite agriculture à Madagascar et en Asie), organisationnelles et institutionnelles (ex : Prey Nup au Cambodge, vallée du Fleuve Sénégal) et politiques. Le passage à une politique de « gestion de la demande en eau » (GDE) a été décisif pour la Tunisie. L’économie d’eau en irrigation a permis de laisser de l’eau au tourisme, source de devises et aux villes, sources de paix sociale.
- Renforcer le stockage et mobiliser de nouvelles ressources en veillant aux aspects sociaux et environnementaux. Les « puits du désert » au nord Niger, l’irrigation de complément dans la vallée du Sourou au Burkina Faso, la réserve du Juanon dans la Drôme, la Limagne noire (réutilisation des eaux usées traitées en Auvergne) sont autant d’exemples montrant l’importance décisive que peut avoir le développement du stockage et de ressources alternatives dans une approche multifonctionnelle. L’adaptation au changement climatique, rend d’autant plus nécessaire la mobilisation des possibilités de stockage, en surface, dans les sols et dans les nappes, comme un outil de gestion des risques.
- Accroître la productivité de l’agriculture pluviale et promouvoir l’agro-écologie. Le développement de l’agriculture de conservation (ou d’amélioration : suppression ou réduction du travail du sol, couverture permanente, rotation des cultures) permet de conserver eaux et sols, de réduire érosion, pollutions et charges d’exploitation et d’accroître rendements, revenus et résilience. Il est remarquable au Brésil. Des coopératives françaises s’y engagent.
- Appuyer la « petite agriculture » pour un développement rural durable. La population agricole mondiale ne se réduit pas (2,4 milliards de personnes). Souvent très performante, la petite agriculture assure 70% de la production mondiale. Elle demeure cependant marginalisée dans nombre de pays et territoires et peut voir ses revenus ou ses droits d’accès aux ressources remis en cause, suite à privatisation des services d’eau, accaparement fonciers, accords commerciaux, etc. ; ce qui accroît l’insécurité alimentaire. De nombreux exemples montrent l’importance d’appuis adaptés. Ainsi dans la vallée du Chambo en Équateur, des accords à bénéfices réciproques entre ville et irrigants indiens ont pu être négociés. Les approches « terroirs » (ex. du projet prodesud en Tunisie), négociées avec les communautés, s’avèrent pertinentes pour clarifier les droits et règles d’usage et évoluer vers un pastoralisme et une agriculture durables. Le Vietnam, en responsabilisant 10 millions de foyers agricoles, a doublé sa production de riz en 20 ans.
- Gérer les sites critiques (nappes surexploitées et/ou polluées). La nappe de la Beauce (France) montre les mérites possibles d’une gestion volumétrique collective impliquant les agriculteurs. Au Maroc, une convention cadre a permis d’engager le secteur agricole pour maîtriser la baisse dramatique de la nappe du Souss Massa. Plusieurs exemples en France montrent des solutions agricoles innovantes mises en œuvre pour réduire les pollutions.
- Agir en amont et en aval de la production. Préserver et économiser l’eau des champs, c’est aussi préserver les terres agricoles de l’étalement urbain et réduire les pertes en eau et en aliments « de la fourche à la fourchette ». Beaucoup reste aussi à faire dans ce domaine.
- Élaborer des visions et stratégies d’agriculture durable aux échelles des régions et des macro-régions (ex : Afrique de l’ouest, Europe..). La stratégie agricole de la région Souss Massa Draa au Maroc peut être citée en exemple. La France met en place des PRAD (plans régionaux de l’agriculture durable). La PAC, outil de la sécurité alimentaire de l’UE, va vers le verdissement.
En conclusion, trois priorités ou principes clefs se dégagent pour réussir le changement de paradigme pour un « monde durable » :
- des ressources et des écosystèmes plus productifs par une intensification durable,
- l’appui à la petite agriculture, condition d’un développement inclusif,
- une gouvernance territoriale renouvelée à plusieurs niveaux emboîtés (local, région, état, grande région, monde), prenant en compte la complexité des questions et le principe de subsidiarité.
Le progrès nécessite de réinvestir dans l’agriculture en visant un « investissement intelligent ». Le renforcement du capital humain et du capital social (organisations professionnelles et locales), ainsi que la mise en place de cadre institutionnels, de politiques agricoles et de coopérations nouvelles pour promouvoir l’innovation (agronomique, organisationnelle...) sont nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire.
Encore faut-il que la société, aujourd’hui principalement urbaine, reprenne conscience de sa vulnérabilité et de l’importance stratégique de l’agriculture et qu’elle permette donc aux agriculteurs, agricultrices et communautés rurales d’entreprendre et de vivre convenablement de ce qu’elles produisent. L’agriculture, de son côté, doit mieux prendre en compte les enjeux de la durabilité. Un nouveau contrat agriculture/société est donc à construire.
L’eau et la sécurité alimentaire face au changement global : défis et solutions (PDF - 3.2 Mo)















