Les enfants qui grandissent, un changement dans la vie professionnelle ou un déménagement… c’est souvent après une première vie professionnelle, autour de la quarantaine, que l’idée fait son chemin.
Et si je montais un gîte ou une ferme auberge ? Reportage au CFPPA (Centre de formation professionnelle pour adultes) du Gros Chêne, au lycée agricole de Pontivy (Morbihan), qui propose une formation “Accueil et animation en milieu rural”.
Marie-Laure se souvient : « nous voulions déménager, vivre à la campagne. Un projet compatible avec le métier de mon mari qui est artisan. Pour moi, sur le plan professionnel c’était plus risqué, il fallait que je quitte mon emploi. Comme nous cherchions une maison, l’idée est venue de trouver une ferme avec une longère attenante à restaurer pour en faire un gîte. Mais, je voulais m’inscrire dans une démarche vraiment professionnelle. Et comme le tourisme est un secteur que je ne connais pas, j’ai cherché une formation qualifiante. »
C’est ainsi que Marie-Laure, en novembre 2011, reprend le chemin de l’école, direction le Centre de formation professionnelle pour adultes (CFPPA) du Gros Chêne, pour une formation sur 8 mois, validée par un titre du ministère de l’agriculture, le certificat de spécialisation “Accueil et animation en milieu rural”.
Chaque promotion compte quinze personnes maximum… « et autant de projets à définir, à construire, à développer », précise Gisèle Durand, la responsable de cette formation. « Nous accueillons des personnes aux profils très divers : des agriculteurs, des aides familiaux, des artisans, des demandeurs d’emploi, des mères de famille... C’est ce qui permet d’impulser une vraie dynamique de groupe. »
Acquérir connaissances, méthodes, et culture de l’accueil
Le rythme de la formation est intense. En novembre, mai et juin, la formation se déroule pour l’essentiel au CFPPA, les cinq autres mois sont rythmés par les stages : une formation “Cuisine et arts de la table” au lycée de Saint-Ivy de Pontivy, un stage d’aménagement des abords (ou autre thème en fonction du projet), deux stages dans un organisme de tourisme, et en avril-mai, une fois que l’on a bien avancé dans la définition de son projet, “le grand stage” de 5 à 7 semaines chez un professionnel. « L’objectif est de permettre aux stagiaires d’acquérir les connaissances et les méthodes pour définir techniquement leur projet, en mesurer l’opportunité financière, choisir judicieusement ses partenaires (label, réseau), et une fois lancé, savoir gérer l’activité ! », précise Gisèle Durand.
« Au cours de cette année au CFPPA, je me suis imprégnée de toute une culture sur l’accueil, je me suis nourrie d’idées, et de rencontres, raconte Marie-Laure. Sans cette formation, il y a des portes que je n’aurais pas poussées. Se construire un réseau est essentiel pour travailler dans le tourisme vert. Mon gîte sera de taille “moyenne” avec un hébergement pour 30 personnes, et une salle de réunion de 50 personnes assises, avec une grande cuisine. Je cible deux types de publics : les réunions de famille et les randonneurs. J’ai choisi le label “Rando accueil” qui correspond à ce que je recherche. » Marie-Laure annonce dans un grand sourire « 2013 sera l’année des travaux et, ouverture en avril 2014 ! »
Viser un public plus large que la clientèle touristique
Pour Françoise Le Ponner, la formation est déjà loin. C’était en 2006. Mais chaque année, elle vient faire une intervention au CFPPA, expliquer comment améliorer son projet au fil du temps, souligner les écueils à éviter, faire part de son expérience : « toujours avoir un œil sur le bilan financier. Pour chaque prestation, il faut calculer le prix de revient. Et ne pas oublier l’animation? ! »
Françoise s’est lancée dans ce projet en 2006, elle avait alors 42 ans, et venait d’être licenciée. « Mon mari est éleveur, j’avais toujours travaillé à l’extérieur. Il fallait que je me fasse une place sur l’exploitation », explique-t-elle. Et l’idée est venu de réhabiliter un bâtiment inoccupé depuis 1995. « Ma première idée était d’en faire un logement pour personnes âgées. Mais je n’ai pas eu l’agrément. J’ai donc fait évoluer mon projet. »
Françoise et son mari se sont lancés dans la restauration de ce bâtiment qui compte désormais 5 chambres d’hôtes, dont une suite, avec, au rez-de-chaussée, une grande pièce commune et une cuisine. « J’ai choisi un style très épuré, je voulais que ce soit beau et créer une ambiance où chacun puisse se sentir bien. »
Cinq soirs par semaine, Françoise fait table d’hôte. « Je travaille avec des producteurs locaux », précise-t-elle. À partir du mois d’avril, entre la cuisine et l’accueil, les journées sont bien remplies.
« J’ai le label “Bienvenue à la ferme” et je fais partie du réseau “Forme en ferme” dont je suis la présidente. Je travaille également avec le comité du tourisme. Il faut monter des partenariats, s’ouvrir. Je reçois des appels tous les jours », explique- t-elle, mais « je conseille de ne pas rester sur une clientèle purement touristique, de viser un public beaucoup plus large. Je reçois beaucoup de randonneurs, et j’ai aussi démarché des entreprises. Je loue mes chambres à un architecte et à des prestataires qui viennent pour la maintenance d’un très gros chantier à 3,5 km de la ferme. » De plus cette année, pour la première fois, elle s’est inscrite au catalogue d’une offre groupée “Box”. « On reste une ferme familiale, accessible, précise-t-elle, mais il faut savoir multiplier les offres, sortir du lot ! »




