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Économie, environnement, social - Les multiples ressources de la canne à sucre

20/10/2011

C’est une géante, 2 à 5 mètres de haut, gorgée de saccharose. Cultivée à travers le monde, elle produit les trois quarts du sucre mondial. À la Réunion, la canne à sucre demeure la principale culture. Elle a forgé l’histoire et l’économie de l’île et elle est aujourd’hui un pilier essentiel de l’agriculture et de l’économie réunionnaise. La canne à sucre est un trésor vert qui n’a pas encore livré tous ses secrets : « Les chercheurs estiment que seul 20 % de la plante est utilisé », explique Florent Thibault, délégué général du Syndicat du sucre de la Réunion. Alors même que les atouts de cette plante sont déjà exceptionnels !

À commencer par ses racines denses et profondes qui protègent très bien les sols contre l’érosion. « La Réunion est une île avec de fortes intempéries et la canne est un végétal qui résiste très bien. En cas de cyclone, seul 10 à 20 % de la production est perdue, commente Florent Thibault. C’est pourquoi la majorité des exploitations de l’île cultive de la canne à sucre. C’est une sécurité de revenu pour l’agriculteur, d’autant que le prix de la canne est très encadré. La canne permet aussi aux exploitants de diversifier leur activité vers des productions aux rémunérations plus fluctuantes ou plus risquées compte tenu de la fréquence des cyclones. »

De plus, les activités sont souvent complémentaires. En élevage, on utilise la paille de canne pour la litière et la mélasse pour l’alimentation. En maraîchage, la canne est utilisée comme substrat. « Lors du process sucrier, il reste les écumes qui ont un haut pouvoir fertilisant. La totalité des écumes retournent aux champs comme amendement organique », précise Florent Thibault.

La canne à sucre dispose d’un autre atout majeur. Grâce à la bagasse, la partie ligneuse de la plante, elle permet de mettre sur le réseau électrique local 277 Gwh d’énergie renouvelable. Son rendement énergétique est très supérieur à celui des plantes des climats tempérés. En 2011, la canne alimente deux centrales électriques et produit 1/10e de l’électricité de La Réunion. La bagasse est aussi un véritable réservoir de molécules pour la chimie verte : papiers, cartons, isolants thermiques ou bioplastiques. Tous les potentiels de cette plante ne sont pas encore exploités, la recherche devrait permettre de nouvelles valorisations.

La canne à sucre dispose ainsi de multiples ressources. Et malgré l’évolution du cadre réglementaire du marché du sucre, la filière est confiante en son avenir. Le principal enjeu reste la problématique foncière. Sur une île où l’espace est limité et la pression démographique forte, les terres agricoles sont fortement convoitées. « La canne joue un rôle de régulateur foncier, argumente Florent Thibault. Elle permet de limiter l’étalement urbain ». Les pouvoirs publics sont conscients de l’enjeu. “Préserver et mettre en valeur les espaces agricoles naturels” est l’une des dix mesures du Comité interministériel de l’outre-mer de 2009. La loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (juillet 2010) a prévu plusieurs dispositions pour préserver le foncier agricole, comme par exemple la création d’une commission départementale qui devra statuer sur le déclassement des terres agricoles. La filière attend beaucoup de cette commission.

Données express

La canne à sucre à la Réunion

- 60 % des surfaces cultivées
- 4 000 producteurs de canne
- 12 000 emplois, directs et indirects
- 2 usines sucrières
- 70 % des exportations de l’île
- 1er producteur européen de sucre de canne.

© Cheick Saïdou/min.agri.fr Légende :
La canne à sucre nécessite peu de produits phytosanitaires et elle est un véritable piège à carbone.
Les surfaces plantées à La Réunion stockent plus que l’équivalent des émissions annuelles de CO2 du parc automobile réunionnais.

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