Accueil > Produisons autrement > Cultiver autrement > Domaine Léon Barral : l’équilibre dans le vin et l’harmonie à la (...)

Domaine Léon Barral : l’équilibre dans le vin et l’harmonie à la vigne

12/09/2012


Domaine Léon Barral, lauréat des trophées de l’agriculture durable 2012, catégorie exploitant

©Xavier.Remongin/Min.Agri.FrSur le pourtour méditerranéen, l’eau fait souvent défaut. De cette contrainte, Didier Barral, vigneron à Lentheric (Hérault) dans l’appellation Faugères, a fait une force. Il a reconstitué autour de ses vignes un système de polyculture-élevage bio dans lequel tout est fait pour favoriser la vie et la perméabilité des sols. Les vins obtenus sont à la hauteur des efforts entrepris.

Des vaches qui pâturent dans les vignes, des tracteurs à chenilles pour ne pas tasser le sol, du compost préparé à partir de cartons de récupération, des nichoirs à chauve-souris... Quand on s’étonne des techniques mises en œuvre sur le domaine, Didier Barral hausse les épaules :« Vous savez, on fait ça depuis longtemps... »
A en écouter le principal intéressé, tout s’est fait naturellement, à force de travail et de bon sens. Et pourtant, que de chemin parcouru depuis la reprise de l’exploitation, en 1993.

« Avec mon frère Jean-Luc, on a commencé à vinifier au domaine, alors qu’avant, le raisin était livré à la coopérative. Petit à petit, on a compris que pour faire du vin intéressant dans ces conditions, il faut des sols à la fois perméables, aérés et capables de mieux retenir l’eau. Ici, nous sommes sur du schiste avec très peu de terre. Entre la sécheresse et les risques d’érosion quand il pleut, l’eau est souvent un problème », résume-t-il.

Au lieu de replanter des vignes conduites sur des fils, en rang, comme on le fait actuellement dans la région, les deux frères conservent la forme en gobelet qui permet une meilleure aération de la végétation et donc moins de maladies. Le sol est aussi protégé du soleil par la végétation en été, ce qui limite l’évaporation et la « cuisson » de la couche de terre superficielle. « Pour contenir la pousse de l’herbe et éviter l’érosion, on pratiquait des labours croisés mais on a complètement arrêté », explique Didier. Les tracteurs viticoles à chenilles, qui tassent beaucoup moins le sol que les engins équipés de pneus, sont aujourd’hui utilisés pour tracter le rolofaca, une machine qui plie l’herbe et la couche sans la couper. Cette technique permet un paillage naturel du sol qui conserve ainsi mieux l’humidité. De plus, l’herbe couchée repousse moins vigoureusement ce qui limite la concurrence avec la vigne.

Une diversité animale et végétale

Mais Didier Barral souhaite encore améliorer la perméabilités de ses sols. « Le meilleur allié pour avoir un sol aéré et fertile, ce sont les vers de terre. Aujourd’hui, je réduis au maximum le passage d’engins, et on ne pratique plus aucun traitement chimique (obligation liée au cahier des charges de l’agriculture biologique NDR). J’évite même d’utiliser le souffre et le cuivre », assure le vigneron. Pour enrichir les sols et favoriser les lombrics, M. Barral a fait l’acquisition d’un troupeau de bovins et de quelques équidés, qui pâturent les vignes en hiver. Les 35 bêtes apportent de la matière organique aux parcelles et pré-taillent les ceps de vigne en mangeant la partie haute des sarments. Les reste de l’année, le bétail pâture des jachères et d’anciennes parcelles de vigne reconverties en prairies permanentes.

©Xavier.Remongin/Min.Agri.Fr
Des vaches dans les vignes, la pratique n’est pas commune ! Mais Didier Barral assume cette originalité. « Évidemment, cela représente du travail en plus. Il faut vendre le vin plus cher et embaucher du personnel. Mais pour moi, un système en équilibre s’appuie sur une diversité animale et végétale. Le bio, c’est juste un point de départ mais je ne m’arrête pas là », précise-t-il.
Jamais à cours d’idées, Didier Barral multiplie les essais pour favoriser la lutte biologique contre les parasites. Des haies ont été plantées entre les parcelles pour héberger les auxiliaires et il a même construit des nichoirs à chauve-souris pour offrir un refuge à ces précieuses alliées [1].

Des vins renommés et qui s’exportent, une production rentable... Passée la surprise, les méthodes du Domaine Barral commencent à faire école. Mais Didier ne cherche pas la reconnaissance de ses pairs. Sa démarche relève plus d’un idéal de vie. « Je veux simplement produire des vins agréables à boire et digestes, mais aussi faire mon huile d’olive et ma farine, être en harmonie avec mes animaux. Je refuse de rentrer dans une logique de rentabilité immédiate ».

Voir la galerie photos du domaine Léon Barral(©Xavier.Remongin/Min.Agri.Fr)

Les vins du Domaine Léon Barral sont commercialisés dans plus de 20 pays via un réseau de cavistes indépendants. Pour en savoir plus sur les vins et les points de vente : www.domaineleonbarral.com/


Voir aussi : Agriculture, forêt, climat : vers des stratégies d'adaptation (centre d'études et de prospective) {PDF}Agriculture, forêt, climat : vers des stratégies d’adaptation (centre d’études et de prospective) (PDF - 906.1 ko)
 

Notes

[1] Les chauve-souris se nourrissent la nuit, et consomment beaucoup d’insectes comme le papillon responsable du ver de la grappe