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En Bref

Création d’une Chaire Unesco en alimentations du monde à Montpellier

01/06/2011

Montpellier Supagro, centre international d’études supérieures en sciences agronomiques sous tutelle du ministère de l’agriculture, vient de créer une Chaire en alimentations du monde labellisée par l’Unesco. Interview de Jean-Louis Rastoin, professeur émérite, qui a porté ce projet collectif et auteur d’un ouvrage sur le système alimentaire mondial [1].

Cette chaire se consacrera principalement à l’étude de la dynamique des systèmes alimentaires dans le monde. Qu’entendez-vous exactement par systèmes alimentaires ?

Jean-Louis Rastoin©supagro.frJean-Louis Rastoin : Selon l’excellente définition du professeur Louis Malassis, fondateur d’Agropolis à Montpellier, le système alimentaire est « la façon dont les hommes s’organisent pour produire, distribuer et consommer leur nourriture ». On peut également proposer une définition plus technique : « ensemble interdépendant des acteurs qui concourent à la satisfaction des besoins alimentaires d’une population, dans un espace géographique donné ».

Le système alimentaire se compose en France de plus d’un million d’entreprises agricoles, agroalimentaires, de l’agrofourniture, du commerce, de la restauration et de la logistique. En 2010, le système alimentaire français a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 250 milliards d’euros et contribué à environ 4 millions d’emplois, ce qui en fait, de loin, le premier secteur économique du pays.

En quoi une meilleure connaissance et un partage des savoirs sur ces systèmes alimentaires peuvent-ils contribuer à renforcer le principe du droit à l’alimentation et à assurer la sécurité alimentaire mondiale ?

Jean-Louis Rastoin : Il y a, sur notre planète, une grande diversité de systèmes alimentaires. Le système alimentaire agroindustriel, piloté par de très grandes firmes de distribution comme Wal-Mart et Carrefour et de l’agroalimentaire comme Nestlé et Cargill tend à devenir hégémonique et concerne aujourd’hui 55% de la population mondiale. Il s’inscrit dans un modèle de production et de consommation de masse qui, à côté d’un avantage indéniable en termes de sureté hygiénique et d’accessibilité, présente l’inconvénient majeur de générer des maladies (dites non transmissibles d’origine alimentaire, telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, certains cancers, le diabète de type 2) provoquant directement ou indirectement plus de la moitié des décès pathologiques dans le monde.

L’autre moitié de la population mondiale vit en système traditionnel caractérisé par de très nombreuses exploitations agricoles et petites entreprises agroalimentaires et commerciales, mobilisant des savoirs-faire écologiquement adaptés et en phase avec des constructions socio-culturelles, mais mal organisées entre elles (absence de filières) et peu productives, générant une pauvreté de masse et une sous-alimentation pour 2 milliards de personnes.

Pour sortir de ce « désordre alimentaire », les concepts de base existent. Ils se nomment droit à l’alimentation pour tous inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations Unies de 1948, sécurité alimentaire (capacité à assurer ce droit à l’alimentation), adoptée au sommet mondial de l’alimentation de la Fao (Rome, 1996) et souveraineté alimentaire lancé par le mouvement Via Campesina au Forum social de Porto Alegre de 2001. Cependant ces concepts restent flous et demandent, pour devenir réellement opérationnels, à être approfondis par la R&D et déclinés en itinéraires techno-économiques pour les entreprises, préconisations pour les consommateurs et cadres politiques et institutionnels pour les pouvoirs publics. Leur diffusion exige ensuite d’ambitieux programmes de formation. La chaire Unesco ADM de Montpellier SupAgro et de ses partenaires d’Agropolis International constituera l’un des outils de développements de savoirs et de ressources humaines au service d’une alimentation durable des peuples de la Planète.

Quel était l’intérêt de faire labelliser par l’Unesco cette chaire ?

Jean-Louis Rastoin : Le label Unesco est désormais très connu dans le domaine du patrimoine matériel de l’Humanité (sites naturels, urbains et ouvrages d’art). Il possède aujourd’hui deux prolongements avec le patrimoine immatériel (qui a été attribué en 2010 au « repas gastronomique des Français » et à la « diète méditerranéenne ») et le domaine de la science et de l’éducation avec les chaires Unesco et les réseaux de coopération inter-universités Unitwin. L’intérêt d’un tel label est double : il constitue en premier lieu une reconnaissance internationale d’une compétence scientifique et pédagogique dans un domaine répondant à une forte demande sociale. Un tel signal est très stimulant pour les enseignants et chercheurs et leurs institutions.

De plus, du fait de la notoriété mondiale de l’Unesco, les chaires labellisées bénéficient d’une promotion internationale permettant d’intéresser et d’attirer des scientifiques et des étudiants de nombreux pays. Avec le label Unesco, Montpellier se voit reconnaître une place de choix dans le champ scientifique de l’alimentation des hommes, sur la carte mondiale des centres de recherche et d’enseignement supérieur. La nouvelle Chaire alimentation du monde travaillera bien sûr en étroite collaboration avec la Chaire Unesco de sauvegarde et valorisation des patrimoines alimentaires de l’Université François Rabelais de Tours.

Plus d’information sur http://www.supagro.fr

Notes

[1] Jean-Louis Rastoin, Gérard Ghersi, 2010. Le système alimentaire mondial, Concepts et méthodes, analyses et dynamiques, Editions Quae, Paris : 581 p.
 Préface d’Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations-Unies sur le Droit à l’alimentation

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