Dans de nombreux villages, les boulangers, mais aussi des bouchers et des épiciers, font encore des tournées, une à plusieurs fois par semaine. Plus que des provisions, ils apportent service et réconfort aux personnes isolées.
Betty Gourdon tient une boucherie chevaline et, depuis presque 17 ans, elle passe chaque jour dans les villages aux alentours de Montargis (Loiret). À deux heures de Paris, les maisons isolées ne sont pas rares. « C’est la vraie campagne », insiste Betty. Cette femme dynamique de 63 ans n’a jamais renoncé à parcourir des kilomètres avec son camion malgré les longues journées de travail. « Si je ne passais pas, la plupart de mes clients ne verraient personne de la journée », souligne-t-elle.
Quand Betty klaxonne devant les maisons, souvent c’est le chien qui accourt, suivi de son maître. Le plus souvent, elle connaît la commande : deux steaks, du jambon, du saucisson… « Je prends toujours la même chose. Je congèle et ça me permet d’avoir des repas pour la semaine », explique une cliente encore en robe de chambre, vu l’horaire matinal auquel arrive le camion. Certains habitants viennent juste pour le plaisir de discuter et de rencontrer leur voisin. « Je connais leur vie de famille, leur maladie. Je passe le bonjour d’une connaissance, j’apporte les nouvelles, je suis au courant des décès. Il faut savoir garder la bonne distance », précise la commerçante.
Peu de candidats pour la relève
Faire des tournées, c’est aussi dépanner, rendre des services : apporter du pain ou échanger un chèque contre de l’argent liquide. Un geste inestimable pour les personnes âgées. « Je ne tiens plus debout, alors je ne m’imagine pas aller en ville », sourit Madame Dubois. Si Betty n’est pas à l’heure, ses clients s’inquiètent et l’appellent sur son portable. Toujours disponible, elle rassure. Elle sait que Madame Rebillard l’attend patiemment derrière sa fenêtre. « Qu’est-ce que je vais pouvoir manger ce midi ? », se demande-t-elle tout haut en dévorant la vitrine des yeux. Viande, charcuterie, plat cuisiné… Les clients achètent souvent entre 10 et 50 euros de provisions.
Bientôt, Betty devra partir à la retraite mais ne trouve personne pour lui succéder, car le métier de boucher attire peu de candidats alors que les besoins sont réels. Ce que confirme Michel Beaubois, président de l’interprofession interbev équin : « Les boucheries disparaissent les unes après les autres. Les jeunes ont peur de se lancer dans ce métier qui demande beaucoup d’investissement personnel. »





