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Agriculture : Salarié à emplois multiples

19/01/2012

Salarié d’un groupement d’employeurs, Sylvain Aublanc travaille dans cinq exploitations différentes. Un statut sur-mesure qui le satisfait pleinement. Rencontre en Saône-et-Loire.

©Cheick.Saidou/Min.Agri.Fr
Sylvain Aublanc est un agriculteur heureux mais… sans exploitation ! Chaque semaine, il divise son temps entre cinq exploitations situées à quelques kilomètres les unes des autres dans le sud du département. Une forme originale de salariat agricole qu’il a lui-même initié. Après son brevet d’aptitude professionnelle agricole (Bepa), Sylvain a travaillé pendant deux ans en alternance dans la ferme de Monique et Robert Bonin afin de passer son certificat de capacité technique agricole et rurale (CCTAR). Comme l’exploitant prenait sa retraite, le couple lui a proposé de rester sur l’exploitation, mais pour seulement deux jours par semaine.
Pour arriver à constituer un plein temps, Sylvain décide alors de monter un groupement d’employeurs dont il sera salarié. En tant qu’enfant du pays et fils d’agricultrice, le jeune homme peut compter sur le bouche à oreille. Des agriculteurs de Suin et Dompierre-les-Ormes sont rapidement au courant de l’initiative du jeune homme. En quelques jours, cinq exploitants sont prêts à l’embaucher.

« Il faut être polyvalent. Je travaille à la demande, selon les saisons »

Sylvain réunit ses cinq futurs employeurs autour d’une table. Son oncle vient présenter le fonctionnement d’un groupement d’employeurs agricole. Lui aussi a un salarié pour sa ferme. En une soirée, les exploitants se mettent d’accord sur les modalités : le groupement est constitué en association de loi 1901 et prend le nom du lieu où se trouve les exploitations, le “col des vaux”. Sylvain aura un contrat à durée indéterminé et quand l’un des exploitants sera malade, le jeune homme se rendra en priorité sur sa ferme. « Je savais que ces agriculteurs s’entendraient bien. Sur les cinq, quatre achetaient déjà du matériel en commun », explique-t-il.

Au départ, le groupement a bénéficié de l’appui de la Chambre d’agriculture. Les agriculteurs n’ont pratiquement rien eu à gérer sur le plan administratif, ils se réunissent une fois dans l’année pour faire un bilan. Le jeune homme gagne le Smic. « Depuis que j’ai un enfant, j’ai moins de temps. C’est une charge supplémentaire d’avoir un salarié, mais je m’y retrouve car le travail est fait sur l’exploitation », explique Mickaël Renon, l’un des agriculteurs employeurs. Un constat que partage Monique Bonin : « Avant, j’appelais le service de remplacement mais, à chaque fois, il faut expliquer comment fonctionne l’exploitation. Sylvain connaît bien la ferme puisqu’il est là toutes les semaines. C’est plus simple et on travaille en toute confiance. »

« Ça fait du bien de discuter pendant le travail »

©Cheick.Saidou/Min.Agri.FrDonner du fourrage aux vaches, soigner les porcs ou traire des chèvres… Sylvain Aublanc connaît sur le bout des doigts ces différentes tâches. « Il faut être polyvalent. Je travaille à la demande, selon les saisons », confirme-t-il. Il lui a fallu pratiquement six mois pour connaître les façons de travailler de chacun. Comme chez Michel Jérôme, éleveur porcin, qu’il aide pour les “gros travaux”. « Ça me motive d’avoir un jeune avec des ambitions à mes côtés. En vieillissant, il y a des choses plus difficiles à faire tout seul, comme la pose de clôtures. Et ça fait du bien de pouvoir discuter pendant le travail, parce qu’on est quand même très seul la journée !  » reconnaît l’éleveur.

D’ici quelques années, Sylvain espère reprendre la ferme de Monique Bonin. « La transmission sera plus facile parce qu’on se connaît bien. Et on veut soutenir un jeune qui s’installe », assure l’agricultrice. Le futur exploitant se rêve déjà à la tête de troupeaux de vaches Charolaises, la race de la région. « Dans ce métier, il y a des contraintes, mais c’est comme pour toute profession. Je ne me vois pas faire autre chose qu’agriculteur. »

Quand les régions s’associent

« La majorité des entreprises agricoles de nos départements ne peuvent pas avoir un salarié à temps plein. De ce fait, il est difficile d’assurer un maintien dans l’emploi », explique Laurent Usse, chargé de mission emploi-formation pour le Massif Central. C’est pourquoi, l’Auvergne et le Limousin, auxquelles se sont vite associées la Bourgogne et Rhône-Alpes, ont créé en 2006 le groupement d’employeurs “Agri Emploi Massif Central”.

La démarche a permis de fixer dans ces régions rurales de nombreux salariés et de répondre aux besoins d’emplois saisonniers. Aujourd’hui, “Agri emploi Massif Central” comprend neuf groupements d’employeurs qui emploient 200 salariés dont 115 en contrat à durée indéterminée. « Nous recrutons des profils polyvalents et qui correspondent aux besoins des exploitants », explique Laurent Usse. De leur côté, les employeurs s’engagent sur un volume d’heures d’embauches annuel. « Même si la majorité des salariés a un profil agricole, nous développons aussi des compétences transversales utiles dans d’autres secteurs d’activités en milieu rural, comme des agents arboricoles par exemple. Il y a un réel besoin d’emploi sur nos territoires », conclut Laurent Usse.

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