51e Congrès national des Jeunes Agriculteurs à Dunkerque : le discours de Jacques Mézard
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© Préfecture du Nord

Monsieur le Président, Jérémy Decerle, Mesdames et messieurs les membres des Jeunes Agriculteurs,


Je tiens tout d’abord à vous remercier de m’avoir invité à votre 51e Congrès national, ici à Dunkerque.
Quelques jours seulement après ma prise de fonction en tant que ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, j’ai tenu à rencontrer les représentants des organisations professionnelles agricoles : la FNSEA, la Coordination rurale, la Confédération paysanne, le MODEF et, bien sûr, les Jeunes Agriculteurs. À ce titre, je me suis entretenu le 24 mai dernier avec Jérémy Decerle, votre Président. Je le remercie une nouvelle fois de l’échange constructif que nous avons eu à cette occasion, dans un esprit de dialogue et de concertation. Car, j’en suis convaincu, il faut d’abord écouter avant de décider. Ce premier rendez-vous avait pour objectif de procéder à un large tour d’horizon des enjeux agricoles actuels sur lesquels nous devons travailler ensemble.

Installation des jeunes agriculteurs et renouvellement des générations

Je pense bien sûr à l’installation des jeunes agriculteurs et au renouvellement des générations, qui sont une priorité pour notre agriculture. Je connais l’importance de la politique de l’installation et de la transmission des exploitations agricoles dans notre pays. Elle n’a d’ailleurs pas d’équivalent dans les autres secteurs de l’économie. Grâce notamment à la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA), plus d'une installation sur deux, aujourd’hui en France, est soutenue. Cela représente quelque 5 000 installations aidées chaque année, un peu moins ces deux dernières années. Au-delà de ces efforts que nous devons naturellement poursuivre, il nous faut travailler ensemble pour aider davantage de jeunes agriculteurs à s’installer, assurer le renouvellement des générations, renforcer la compétitivité de nos exploitations, et maintenir une activité agricole sur l'ensemble du territoire.
Je veillerai pour cela à maintenir et à consolider la gouvernance partenariale de cette politique de l'installation et de la transmission, co-pilotée par l’État et les Régions. Je m'appuierai pour cela sur le Comité national à l'installation-transmission, et sur les Comités régionaux. Dans ce cadre, votre syndicat est un partenaire clé, et je saurai m’appuyer sur vos propositions constructives.

En ce qui concerne les aides à l'installation plus spécifiquement, une importante réforme visant à supprimer les prêts bonifiés et à revaloriser la Dotation Jeunes Agriculteurs s'est concrétisée fin 2016. La mise en oeuvre de ces nouvelles dispositions est déjà effective dans de nombreuses régions. Je m'assurerai que tous les jeunes agriculteurs de France puissent bénéficier de ces nouvelles dispositions d'ici à la fin de l'année 2017. Je défendrai les engagements financiers de l’État dans le cadre de cette réforme.
Concernant les aides à l'accompagnement à l'installation-transmission, une importante réforme du cadre de mise en oeuvre de ces aides s'est concrétisée, avec votre concours, dans le courant de l’année 2016. Ces dispositions font aujourd'hui l'objet d'une déclinaison régionale dans le cadre partenarial des Comités régionaux à l'installation-transmission. J'accompagnerai la mise en oeuvre de ces programmes régionaux et porterai une attention particulière aux moyens financiers de l’État pour poursuivre cette politique d'accompagnement complémentaire aux aides à l'installation, tout en veillant à la mobilisation des financements régionaux.

Je compte par ailleurs sur votre mobilisation pour la conduite des projets d'ampleur nationale, financés par l’État, dans lesquels votre syndicat s'est particulièrement investi. Je pense notamment à l'animation et la communication autour des points accueil installation et des centres d'élaboration des plans de professionnalisation personnalisés, à la mise en oeuvre de stages à l'étranger, ou encore aux actions pilotes en faveur de la transmission.
Nous devrons ces prochaines années poursuivre l'adaptation et l'évolution des dispositifs de soutien à l’installation-transmission, en veillant à la cohérence des différentes interventions. À court terme, j'aurai à coeur de mettre en oeuvre les priorités présidentielles, et en particulier celles relatives aux prêts d'honneur. Ils viendront compléter la palette des outils pour aider les jeunes agriculteurs. Mes services y travaillent actuellement et je peux vous assurer qu’il s’agit là d’un dossier que je suivrai de près, avec vous.

Plan d’investissements dans le secteur agricole et agroalimentaire

Face aux besoins de modernisation et d’adaptation du secteur, le Président de la République souhaite engager un programme d’investissements ambitieux de 5 milliards d’euros sur 5 ans. La concertation qui sera prochainement engagée dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation permettra de définir les grandes orientations de ce plan et de cibler les investissements prioritaires. Dans un cadre budgétaire contraint, une complémentarité entre les différentes sources de financement et les différentes formes de soutien devra être recherchée.

Europe et PAC post 2020

Alors que seulement 6 % des agriculteurs qui s’installent en Europe ont moins de 35 ans, l’Union européenne et la France mènent une réflexion préparatoire aux arbitrages de la Politique Agricole Commune après 2020. Celle-ci doit accorder une place importante à la situation des jeunes agriculteurs et encourager leur installation. À ce titre, notre position de leader agricole européen nous confère une responsabilité de premier plan. Je la prends très à coeur.
La préparation de la future PAC constitue à cet égard un chantier stratégique sur lequel je veux travailler en étroite concertation avec l’ensemble des organisations professionnelles agricoles. Dans ce cadre, je souhaite organiser cet automne une conférence nationale afin de débattre avec tous les acteurs et définir les priorités que je porterai dans le débat européen.

Je vous sais très actifs, vous, les Jeunes Agriculteurs, au niveau européen, dans le cadre de ces réflexions. Et je veux vous en féliciter. C’est tout naturellement que je souhaite travailler avec vous sur ce dossier et prendre en compte vos propositions.

Enfin, comme vous le savez, défendre la PAC, c’est d’abord défendre son budget. Les travaux sur la définition du cadre financier pluriannuel ont commencé au niveau européen et je compte bien défendre, à Paris comme à Bruxelles, un budget ambitieux pour la Politique Agricole Commune.

Gestion des risques

Il ne m’a bien sûr pas échappé que le thème du congrès qui nous réunit, ici à Dunkerque, porte sur la gestion des risques. Vous avez raison, c’est un sujet essentiel et je le prends très au sérieux. Les récents épisodes climatiques (le gel de ces dernières semaines en particulier), ainsi que les risques sanitaires que nous avons connus en 2016 et encore cette année (influenza aviaire, en particulier) confirment que nous devons aller plus loin et renforcer la protection de nos exploitations. Face à des risques qui pourraient malheureusement être amenés à se multiplier à l’avenir, nous devons nous assurer que nos agriculteurs disposent d’une palette d’outils efficaces, attractifs répondant à la diversité des situations des exploitations agricoles. Nous devons aussi nous assurer que les agriculteurs sont toujours plus nombreux à mobiliser ces outils.
Je sais que des travaux ont récemment été conduits dans le cadre du Conseil supérieur de l’orientation (CSO). Ces travaux ont permis d’établir un diagnostic des outils de gestion des risques existants dans notre pays et de faire des recommandations concrètes pour les améliorer, pour renforcer leur cohérence, et le cas échéant, pour les compléter.

Ensemble, nous devons définir une stratégie globale de gestion des risques et articuler de manière cohérente les différents dispositifs et interventions publiques en fonction de l'intensité des aléas et des pertes.
Cela implique de renforcer encore l’assurance récolte et le fonds de mutualisation sanitaire et environnemental.
Il est également indispensable de renforcer le conseil, la formation et la communication sur la gestion des risques, afin de responsabiliser davantage les agriculteurs, les opérateurs du conseil et du financement et les filières.
Enfin, il faut encourager les démarches préventives : investissements dans des équipements de protection, irrigation, développement de nouvelles pratiques et adaptation des systèmes de production permettant de rendre les exploitations plus résilientes.

Vous, Jeunes Agriculteurs, vous avez été particulièrement actifs au cours de ces travaux et je tiens à vous en remercier.

Les Etats généraux de l’alimentation et le « droit à l’erreur »

Dans les semaines qui viennent, et conformément aux engagements du Président de la République, nous allons ouvrir plusieurs chantiers importants sur lesquels je veux travailler étroitement avec vous. Je pense en premier lieu aux Etats généraux de l’alimentation qui doivent dès cet été nous permettre de réunir tous les acteurs économiques des filières agricoles et alimentaires autour de la question de la création et de la répartition de la valeur dans ces filières. Il y aura aussi le travail sur la mise en oeuvre du « droit à l’erreur » et plus généralement de la simplification et de l’accompagnement des acteurs économiques. Au travers de cette initiative, le Président de la République souhaite réformer en profondeur la relation entre les agriculteurs, les citoyens, les entreprises et l’administration. Il souhaite que l’Etat renforce son rôle d’accompagnateur et de facilitateur au service des citoyens et des entreprises. C’est un chantier ambitieux et difficile et vous pouvez compter sur mon engagement et celui de mes services pour que vos entreprises puissent en bénéficier.

Je voudrais maintenant conclure. Je connais les difficultés qui sont les vôtres : contraintes économiques, foncières, aléas climatiques, sanitaires… C’est un métier dont on ne sait pas la veille ce que sera le lendemain. Mais je connais aussi votre énergie. « L’avenir de l’agriculture est entre vos mains » comme le disait votre Président en septembre dernier. La France a besoin d’une agriculture forte, elle a besoin de paysans qui puissent gagner leur vie, qui puissent être rémunérés à la hauteur de leur travail. C’est le sens du travail que nous allons entreprendre ensemble. Et ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous y parviendrons.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi.

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